José Antonio Kast, le retour d’une droite dure au pouvoir au Chili

Ultraconservateur, sécuritaire et revendiquant une rupture avec le cycle progressiste ouvert après la crise sociale de 2019, José Antonio Kast vient d’être élu président du Chili. Un basculement politique net dans un pays profondément fragmenté.

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Sur les questions de société, José Antonio Kast cultive une image de gardien des valeurs traditionnelles qui ne souffre d'aucune ambiguïté. © Juan Gonzalez / REUTERS
© Juan Gonzalez / REUTERS

La victoire de José Antonio Kast marque un tournant pour le Chili. Après plusieurs années dominées par la gauche et le centre gauche, l’électorat a choisi un dirigeant qui assume une rupture idéologique frontale. Avocat de formation, âgé de 59 ans, José Antonio Kast défend une ligne ultraconservatrice sur les questions sociétales et libérale sur le plan économique, dans un pays encore profondément marqué par les fractures issues de la crise sociale de 2019.

Cette élection intervient dans un climat de lassitude politique. L’insécurité, la pression migratoire, l’inflation persistante et l’échec répété des projets constitutionnels ont affaibli le camp progressiste. José Antonio Kast a su capter ce mécontentement en promettant un retour à l’ordre, à l’autorité de l’État et à une gouvernance jugée plus lisible.

Un conservateur issu du système

José Antonio Kast Rist est né à Santiago dans une famille chilienne d’origine allemande. Catholique pratiquant, père de neuf enfants, José Antonio Kast revendique une vision traditionnelle de la société. Diplômé en droit de l’Université catholique pontificale du Chili, José Antonio Kast s’engage très tôt dans la vie politique au sein du courant grémialiste, pilier idéologique de la droite conservatrice chilienne.

Élu député en 2002 sous l’étiquette de l’Union démocrate indépendante, José Antonio Kast siège pendant seize ans à la Chambre des députés. Il s’y distingue par des positions fermes sur les sujets sociétaux et sécuritaires. En 2018, José Antonio Kast quitte l’UDI pour fonder le Parti républicain, qu’il positionne clairement à droite de l’ensemble de l’échiquier politique chilien.

Sécurité et immigration comme colonne vertébrale

La campagne présidentielle de José Antonio Kast repose largement sur un discours sécuritaire. José Antonio Kast promet un durcissement pénal, un renforcement des pouvoirs de la police et de l’armée, ainsi qu’une lutte accrue contre le narcotrafic, notamment dans le nord du pays et dans la région de l’Araucanie.

Sur l’immigration, José Antonio Kast défend une fermeture stricte des frontières et la fin des politiques de régularisation. Cette ligne dure trouve un écho important auprès des classes moyennes et populaires confrontées à une montée de la criminalité et à une perception de désordre migratoire.

Libéralisme économique et rejet du cycle progressiste

Sur le plan économique, José Antonio Kast assume un programme libéral classique. José Antonio Kast promet une baisse des impôts sur les entreprises, une réduction du périmètre de l’État et une relance de l’investissement privé. Il critique l’interventionnisme du gouvernement sortant et accuse la gauche d’avoir fragilisé la croissance et la confiance des investisseurs.

José Antonio Kast s’oppose également à toute nouvelle tentative de réforme constitutionnelle à court terme. Après deux référendums rejetés, José Antonio Kast estime que le pays doit d’abord retrouver une stabilité institutionnelle avant d’engager de nouvelles transformations politiques majeures.

Des positions sociétales radicales

José Antonio Kast est l’un des dirigeants politiques les plus conservateurs sur les questions de société au Chili. José Antonio Kast s’oppose à l’avortement, y compris en cas de viol, rejette le mariage homosexuel et refuse l’adoption par les couples de même sexe. Ces positions tranchées placent José Antonio Kast en décalage avec l’évolution sociétale observée ces dernières années.

Les prises de position passées de José Antonio Kast sur la dictature militaire continuent également de susciter de fortes controverses. Sans revendiquer explicitement l’héritage d’Augusto Pinochet, José Antonio Kast a relativisé à plusieurs reprises les crimes du régime, affirmant que cette période avait permis un rétablissement de l’ordre et de la stabilité économique.

Une victoire nourrie par le rejet

L’élection de José Antonio Kast s’explique autant par l’adhésion à son discours que par le rejet du pouvoir sortant. Le mandat de Gabriel Boric a été fragilisé par une forte instabilité politique, une inflation persistante et l’échec du processus constitutionnel.

José Antonio Kast a su rassembler un électorat hétérogène, composé de conservateurs traditionnels, de classes moyennes inquiètes pour leur sécurité et d’électeurs déçus par la gauche. Une coalition large, structurée par le rejet du cycle précédent plutôt que par une idéologie homogène.

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