La colère est partie des bazars et des quartiers populaires avant de gagner les grandes métropoles. Depuis le 28 décembre, des rassemblements nocturnes ont lieu à Téhéran, Machhad, Ispahan, Chiraz ou Tabriz. À l’origine, la chute vertigineuse du rial, l’inflation galopante et la paralysie de l’économie. Mais très vite, les slogans ont changé de nature. Aux revendications sociales se sont substitués des mots d’ordre visant directement le sommet du pouvoir.
Dans plusieurs villes, des manifestants réclament désormais la fin de la République islamique. Une rupture nette avec les précédents mouvements, souvent cantonnés à des revendications sectorielles ou étouffés avant d’atteindre un tel niveau de politisation.
Internet coupé, bilan humain en hausse
Face à l’extension géographique et sociale du mouvement, les autorités ont opté pour une réponse sécuritaire sans ambiguïté. Les forces de l’ordre et les Gardiens de la révolution ont été déployés en nombre, avec des affrontements violents signalés en soirée et durant la nuit. Selon des ONG de défense des droits humains, plusieurs dizaines de personnes ont été tuées depuis le début des manifestations, parmi lesquelles des mineurs, tandis que des centaines d’autres ont été blessées ou interpellées.
Le pouvoir a également ordonné une coupure quasi totale d’Internet sur l’ensemble du territoire. Téléphonie mobile, messageries et réseaux sociaux sont rendus inaccessibles, empêchant la coordination des rassemblements et la diffusion d’images vers l’étranger. Une stratégie déjà utilisée lors des soulèvements de 2019 et de 2022, mais rarement à une telle échelle nationale.
Dans une allocution télévisée, le guide suprême Ali Khamenei a dénoncé des violences orchestrées par des « vandales » manipulés de l’extérieur, affirmant que l’État ne reculerait pas face à ce qu’il présente comme une tentative de déstabilisation.
Crise économique et défi politique
Si le régime invoque l’ingérence étrangère, la contestation puise d’abord ses racines dans une crise économique profonde. Les sanctions internationales, renforcées après la guerre de juin 2025 avec Israël, ont accentué l’asphyxie financière du pays. Commerces fermés, entreprises à l’arrêt, pénuries d’électricité et d’eau dans certaines régions : le quotidien de millions d’Iraniens s’est considérablement dégradé.
À cette crise matérielle s’ajoute une lassitude politique ancienne. Arrestations arbitraires, corruption endémique et absence de perspectives nourrissent un rejet de plus en plus explicite du système en place, y compris parmi des catégories jusqu’ici prudentes ou silencieuses.
Une équation explosive pour le régime
Sur le plan international, les événements sont suivis de près. Les déclarations de soutien venues des États-Unis alimentent l’espoir d’une partie des manifestants, tout en offrant au pouvoir iranien un argument pour légitimer la répression. En parallèle, certaines figures de l’opposition en exil, comme Reza Pahlavi, tentent d’incarner une alternative, sans qu’un leadership unifié n’émerge sur le terrain.
Si les structures du régime tiennent encore, l’ampleur du mouvement, sa diffusion à l’ensemble du territoire et la radicalité croissante des slogans placent la République islamique face à l’une des plus graves séquences de contestation depuis 1979. Reste à savoir si la stratégie de la force suffira à contenir une colère désormais ouvertement politique.


