Lorsque le Comité national olympique et sportif français a dévoilé la liste des candidats potentiels au rôle de porte drapeau pour les Jeux de 2026, l’absence d’Alexis Pinturault n’a surpris qu’à moitié. Le skieur de Courchevel, figure emblématique du ski alpin français, avait déjà laissé entendre qu’il ne souhaitait pas s’engager dans ce processus. À 34 ans, celui qui s’apprête à disputer ce qui sera vraisemblablement ses derniers Jeux olympiques a fait un choix clair : privilégier la performance et la préparation sportive.
Pour le champion savoyard, formé et ancré à Courchevel, la logique de candidature, assimilée à une forme de campagne interne, entre en contradiction avec sa conception du sport de haut niveau. Dans un calendrier olympique extrêmement contraint, chaque détail compte, et la fonction de porte drapeau est perçue comme une distraction potentielle plutôt qu’un levier de motivation.
Un rôle devenu lourd à assumer
Longtemps honorifique, la fonction de porte drapeau a progressivement changé de nature. Elle implique désormais une exposition médiatique intense, une présence obligatoire lors de la cérémonie d’ouverture à Milan, et une forte disponibilité dans les jours qui précèdent. Pour les athlètes engagés dans des disciplines techniques comme le ski alpin ou le ski de bosses, cette contrainte peut peser lourdement sur la préparation.
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En 2026, cette difficulté est accentuée par la géographie même des Jeux. Si la cérémonie d’ouverture se tiendra à Milan, plusieurs épreuves majeures auront lieu dans les Alpes italiennes, à bonne distance, notamment à Cortina d’Ampezzo et Livigno. Un contexte qui rend la participation à l’événement symbolique encore plus délicate pour des sportifs visant une médaille.
Perrine Laffont entre prudence et reconstruction
Le cas de Perrine Laffont répond à une logique différente, mais tout aussi révélatrice. Championne olympique en titre, la skieuse de bosses aborde la saison olympique dans un contexte fragile, marqué par une blessure récente au genou et une reprise progressive de l’entraînement. À cela s’ajoute un burn out survenu lors de la saison 2023 2024, qui l’avait conduite à se retirer temporairement du circuit.
Dans ces conditions, accepter un rôle aussi exposé aurait ajouté une pression supplémentaire difficilement compatible avec une préparation axée sur la stabilité physique et mentale. Un choix perçu par son entourage comme une décision raisonnée, dictée par la recherche d’équilibre à l’approche d’un rendez vous majeur.
Courchevel, symbole du ski français absent du premier plan
L’absence d’Alexis Pinturault prive indirectement Courchevel d’une visibilité symbolique lors de la cérémonie d’ouverture. La station savoyarde, berceau de nombreux champions et vitrine historique du ski français, aurait pu être incarnée par l’un de ses plus illustres représentants. Un manque qui souligne aussi la difficulté pour les skieurs alpins de conjuguer impératifs médiatiques et exigences sportives dans un format olympique éclaté.
À cela s’ajoute l’indisponibilité des biathlètes français, retenus sur le site d’Antholz Anterselva au même moment, ce qui réduit encore le vivier de candidats parmi les grandes chances de médailles.
Une évolution du rapport au symbole olympique
Au delà des cas individuels, ces renoncements traduisent une évolution plus large du sport de haut niveau. À mesure que la préparation devient plus scientifique et la prise en compte de la santé mentale plus centrale, le prestige du symbole ne suffit plus toujours à compenser les contraintes associées.
Pour les Jeux de Milan Cortina, la France devra donc désigner un porte drapeau disponible, capable d’endosser ce rôle sans compromettre sa performance. Un choix qui reflètera autant l’état du sport français que sa manière de concilier héritage, représentation et exigence sportive.


