Bruce Springsteen n’a jamais caché son hostilité à Donald Trump. Mais rarement le chanteur américain aura réagi avec une telle rapidité. Mercredi 28 janvier, le musicien a publié Streets of Minneapolis, une chanson écrite, enregistrée et diffusée en quarante huit heures, en réaction à la mort d’Alex Pretti et de Renee Good, sur fond d’intervention des forces fédérales de l’immigration dans la ville du Minnesota.
Sur ses réseaux sociaux, Bruce Springsteen explique avoir voulu répondre à ce qu’il qualifie de « terreur d’Etat infligée à la ville de Minneapolis ». Le morceau est dédié « aux habitants de Minneapolis, à nos voisins immigrés innocents et à la mémoire d’Alex Pretti et de Renee Good », concluant par un appel explicite : « Restez libres ».
Une protest song dans la tradition américaine
Dans Streets of Minneapolis, Springsteen décrit « une ville en flammes [qui] a combattu le feu et la glace sous les bottes d’un occupant », dénonçant le département de la sécurité intérieure comme une « armée privée du roi Trump ». La référence, volontairement monarchique, vise directement Donald Trump, que le chanteur affronte depuis plusieurs années sur le terrain politique et symbolique.
Musicalement, le titre s’inscrit dans une veine dépouillée. Il débute par une guitare acoustique et la voix rauque du chanteur, avant de s’étoffer progressivement, jusqu’à un final ponctué de slogans scandés « ICE Out ! ». Le clin d’œil à Streets of Philadelphia, chanson emblématique composée en 1993 pour le film Philadelphia, est assumé jusque dans le titre.
La sortie du morceau intervient après un appel public lancé par Billie Eilish, qui exhortait les célébrités à prendre position contre les pratiques de la police fédérale de l’immigration. Là où beaucoup sont restés silencieux, Springsteen a choisi la forme qui l’a toujours défini : la chanson.
La Maison Blanche contre attaque
La réaction de l’exécutif américain ne s’est pas fait attendre. Par la voix de l’une de ses porte parole, Abigail Jackson, la Maison Blanche a balayé l’initiative du musicien. « L’administration Trump s’efforce d’encourager les démocrates au niveau des Etats et des collectivités locales à coopérer avec les agents fédéraux afin d’éloigner de leurs communautés les étrangers en situation irrégulière dangereux et criminels, pas sur des chansons aléatoires aux opinions sans pertinence et aux informations inexactes », a t elle déclaré.
Cette réponse s’inscrit dans une confrontation désormais bien installée entre l’artiste et le président. Donald Trump a déjà qualifié Springsteen de chanteur « surcoté », tandis que ce dernier l’a accusé, lors d’un concert en Angleterre l’an dernier, de diriger une administration « corrompue, incompétente et traîtresse ».
Minneapolis, nouveau lieu de mémoire politique
Quelques jours avant la publication de Streets of Minneapolis, Bruce Springsteen était apparu par surprise lors du concert caritatif Light of Day à Red Bank, dans le New Jersey. Il y avait déjà dénoncé les pratiques de l’ICE et rendu hommage à Renee Nicole Good en interprétant The Promised Land.
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Sur scène, il avait lancé un plaidoyer sans ambiguïté : « Si vous croyez au pouvoir de la loi et au fait que personne n’est au dessus d’elle, si vous vous opposez à l’invasion d’une ville américaine par des troupes fédérales masquées et lourdement armées utilisant des tactiques de la Gestapo contre nos concitoyens, alors envoyez un message à ce président : l’ICE n’a qu’à foutre le camp de Minneapolis », reprenant les mots du maire de la ville.
Avant lui, Neil Young avait fait de l’Ohio un symbole national avec Ohio, écrit en 1970 après la mort de quatre étudiants lors de la répression d’une manifestation à Kent State University.

