Amélie Jaublaud, envoyée spéciale à Milan – Sur le parvis du Duomo, au milieu des touristes et des supporters, les regards se fixent parfois moins sur les écrans géants que sur les casquettes et les sacs à dos. Brodés, cousus, piqués de dizaines d’épinglettes, ils racontent d’autres histoires que celles des chronos et des médailles.
Aux Jeux olympiques de Milan Cortina 2026, collectionner et échanger des pin’s est devenu un sport en soi. Un rituel discret, mais omniprésent, qui traverse les générations et les frontières.
« Chaque pin’s, c’est une poignée de main »
Mark, 58 ans, venu du Colorado, ajuste sa veste couverte de petites pièces métalliques. Il en possède plus de 300 rien que pour cette édition. « Chaque pin’s, c’est une poignée de main. Je ne me souviens pas toujours du score d’une finale, mais je me rappelle toujours la personne avec qui j’ai échangé », raconte-t-il, sourire aux lèvres.
À quelques mètres, deux étudiantes milanaises examinent avec attention un pin’s représentant les mascottes italiennes. Elles proposent en échange un modèle distribué le matin même par l’office du tourisme. Le troc se conclut par un éclat de rire et une photo souvenir.
La tradition remonte aux premiers Jeux modernes. À l’origine simples badges d’identification, les pin’s sont devenus au fil des décennies des objets de collection. À chaque olympiade, comités nationaux, sponsors et villes hôtes rivalisent de créativité.
Une chasse au trésor quotidienne
À Milan, plusieurs espaces sont devenus des points de ralliement. Dans le parc Sempione, un pavillon temporaire attire chaque jour des dizaines de passionnés. Devant l’entrée, la file d’attente s’étire parfois dès l’aube.
Giulia, 35 ans, bénévole italienne, a commencé sa collection presque par hasard. « On m’a offert un pin’s de l’équipe d’Allemagne lors de mon premier jour. Depuis, je ne m’arrête plus. C’est addictif », confie-t-elle. Elle en compte déjà une quarantaine. « C’est un moyen incroyable de parler avec des gens que je n’aurais jamais abordés autrement. »
Chaque matin, les réseaux sociaux annoncent les lieux de distribution des éditions limitées. Certains modèles ne sont tirés qu’à 200 ou 300 exemplaires. De quoi transformer la ville en terrain de jeu. « On se lève tôt, on vérifie Instagram, et on part en expédition », résume Matteo, 22 ans, étudiant en design.
Des vétérans des olympiades
Pour d’autres, la passion dure depuis des décennies. Laurent, 49 ans, venu de Lyon, suit les Jeux d’hiver depuis Albertville en 1992. Spécialiste des mascottes, il revendique plus de 8 000 pièces. « Les pin’s, c’est la mémoire des Jeux. Quand je les regarde, je revis chaque édition », assure-t-il. « Ici, je retrouve des amis croisés à Vancouver, à Sotchi, à Pyeongchang. On se donne rendez-vous d’olympiade en olympiade. »
Dans les boutiques officielles, les pin’s figurent parmi les meilleures ventes, derrière les peluches des mascottes. Leur prix abordable et leur petite taille en font un souvenir facile à emporter.
« Le sport officieux des Jeux »
Certains sponsors ont compris depuis longtemps l’ampleur du phénomène. Un grand partenaire historique des Jeux a même aménagé un centre d’échange éphémère, où les visiteurs peuvent tirer au sort un modèle exclusif. « L’échange de pin’s, c’est le sport officieux des Jeux », sourit un responsable marketing. « Cela crée du lien et prolonge l’expérience olympique au-delà des compétitions. »
À LIRE AUSSI : JO 2026 : la Suisse en démonstration, les Bleus quittent Bormio sans médaille en ski alpin
Même au village olympique, la pratique gagne du terrain. Un membre d’une délégation européenne glisse, amusé : « Après l’entraînement, on compare nos trouvailles. C’est presque devenu une deuxième épreuve. »
À Milan Cortina, les médailles brillent sous les projecteurs. Mais à l’ombre des podiums, une autre collection s’écrit, à coups d’épingles et de souvenirs échangés.


