La scène s’est déroulée jeudi en fin d’après midi, dans le 7e arrondissement de Lyon, à proximité de l’Institut d’études politiques. Selon les premiers éléments communiqués par le procureur de la République, Thierry Dran, la victime, identifiée comme Quentin Deranque, a succombé à un « traumatisme crânio-encéphalique majeur » consécutif à de multiples coups portés à la tête.
L’autopsie pratiquée lundi a mis en évidence une fracture temporale droite et des lésions jugées « au-delà de toute ressource thérapeutique ». Au regard de « l’extrême violence » des faits, le parquet a requalifié l’enquête en homicide volontaire, aggravé par la réunion, la dissimulation des visages et l’usage d’armes par destination.
Une montée en tension en deux temps
D’après la chronologie établie par les enquêteurs, tout débute vers 17 h 30. Sept militantes du collectif d’ultradroite Némésis déploient une banderole pour protester contre la venue de l’eurodéputée Rima Hassan. Des heurts éclatent rapidement. Deux jeunes femmes affirment avoir été « étranglées et jetées au sol », selon les propos rapportés par le procureur.
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Environ une demi heure plus tard, la situation dégénère. Un groupe d’une vingtaine d’individus masqués prend à partie des militants venus en soutien. Une vidéo filmée par un riverain montre plusieurs jeunes hommes encerclés, projetés au sol et frappés à de nombreuses reprises. Les investigations évaluent à six le nombre d’auteurs directs des coups.
Quentin Deranque figure parmi les trois victimes rouées de coups. Il est laissé inanimé sur le trottoir. Un ami tente de le raccompagner, avant d’alerter les secours face à la dégradation rapide de son état. Pris en charge à 19 h 40 par les pompiers et le SAMU, il décède deux jours plus tard.
Une enquête sensible dans un climat explosif
« Une enquête criminelle ne se mène pas en quelques jours », a insisté le procureur, appelant à ne pas relayer de rumeurs. Une quinzaine de témoins ont été entendus et l’exploitation des vidéos se poursuit.
Sur les réseaux sociaux, les accusations se multiplient. Le nom d’un collaborateur parlementaire lié au député LFI Raphaël Arnault circule notamment, sans qu’aucune mise en cause officielle n’ait été annoncée. Le magistrat s’est montré ferme : « Je suis un magistrat, je m’attache aux faits ».
Dans une ville où les affrontements entre groupuscules d’ultradroite et d’ultragauche sont récurrents, le drame prend une dimension politique immédiate. À l’approche des élections municipales, chaque camp dénonce les violences de l’autre. Mais sur le terrain judiciaire, l’heure reste à l’identification précise des auteurs. Les premières interpellations pourraient intervenir dans les prochains jours.


