JO 2026 : les Bleues en or, le relais de la réconciliation

En dominant le relais à Antholz Anterselva, les Françaises ont offert au biathlon tricolore un triplé historique. Mais derrière l’exploit sportif, ce sacre vaut surtout comme acte de pacification après une année de tensions.

4 minutes de lecture
Julia Simon, Océane Michelon, Lou Jeanmonnot et Camille Bened ont dominé, mercredi 18 février 2026, le relais féminin du Biathlon. Hendrik Schmidt/dpa via Reuters
Julia Simon, Océane Michelon, Lou Jeanmonnot et Camille Bened ont dominé, mercredi 18 février 2026, le relais féminin du Biathlon. Hendrik Schmidt/dpa via Reuters

À l’arrivée, Julia Simon ne lève pas les bras dans un cri primal. Elle glisse, presque sereine, drapeau tricolore dans le dos. L’avance est abyssale. Plus de cinquante secondes sur la Suède, plus d’une minute sur la Norvège. À Antholz Anterselva, le relais féminin vient d’achever ce que les hommes avaient commencé la veille : un triplé inédit, mixte, masculin, féminin. Même la Norvège n’avait jamais réussi pareil coup aux Jeux.

Dans les tribunes, on reprend le refrain de 1998. « Et un, et deux, et trois relais ! » La formule amuse, mais elle dit quelque chose de plus profond. Le biathlon français atteint une maturité collective rarement vue. Dix médailles déjà dans ces Jeux, un record pour la discipline. Mais cette victoire ne se résume pas à une ligne dans les statistiques.

Une équipe sous tension

Il y a un an, le groupe féminin traversait une zone de turbulences. L’affaire ayant conduit à la condamnation de Julia Simon pour l’utilisation frauduleuse de la carte bancaire de Justine Braisaz Bouchet avait fissuré l’équilibre interne. Les mots avaient été durs. Les regards plus encore.

Le relais, par nature, expose ces fragilités. Il exige confiance et transmission. On ne gagne pas à quatre si l’on ne se parle pas vraiment.

« C’est le fruit d’un travail collectif », résume Cyril Burdet. « Le relais, c’est la symbolique du travail de toute la filière. Remporter les trois relais pour l’équipe de France, c’est magique. » Derrière le mot magique, il y a surtout l’idée d’un groupe qui a choisi d’avancer.

Le trou d’air, puis la remontée

Le scénario aurait pu replonger les Bleues dans leurs doutes. Camille Bened, pour son premier relais olympique, craque au tir debout. Quatre erreurs. Un tour de pénalité. Une minute de retard au passage de témoin.

L’image est brutale. Sur ce type d’épreuve, une faute peut coûter un titre.

Lou Jeanmonnot refuse la fatalité. Sur les skis, elle taille la neige avec autorité. Au tir, elle verrouille. En quelques kilomètres, la France recolle au groupe de tête. « J’avoue que je n’y croyais pas », confie t elle. « Je m’étais dit que ce serait compliqué de revenir. » Elle le fait pourtant, méthodiquement.

Océane Michelon, 23 ans, parachève la remontée. Vice championne olympique du sprint, elle confirme que sa médaille n’avait rien d’un accident. À la transmission, l’écart est inversé. Julia Simon part avec un boulevard.

La patronne conclut

On connaît la finisseuse. On sait qu’elle ne tremble pas. Dix balles. Dix impacts. Aucun frisson inutile. Julia Simon déroule, comme si la course était écrite d’avance.

« Quand j’ai vu ce qui arrivait à Cam’, je me suis dit que cela n’allait pas être évident de revenir », raconte t elle. « Il fallait être parfaitement concentrées. Aujourd’hui, on l’a toutes très bien fait. »

Ce « toutes » sonne comme un manifeste.

Le biathlon français a souvent brillé par ses individualités. À Antholz, il triomphe par sa cohésion retrouvée. Après les doutes, après les crispations, l’or a le goût de l’apaisement.

Il reste deux mass start à disputer. Peut être d’autres médailles. Mais quoi qu’il arrive, ce relais là restera comme celui où les Bleues ont refermé un chapitre pour en ouvrir un autre.

Partager cet article
Laisser un commentaire