La commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public a consacré, mercredi 28 janvier, une large part de ses travaux à la nomination de Léa Salamé à la présentation du journal de 20 heures de France 2. Une décision stratégique pour France Télévisions, devenue un point de crispation politique dans un contexte de remise en cause plus large de l’indépendance du service public de l’information.
Auditionné par les députés, Alexandre Kara, directeur de l’information de France Télévisions, a assumé ce choix, invoquant la trajectoire professionnelle de la journaliste, ses performances d’audience et l’existence de règles déontologiques destinées à prévenir tout conflit d’intérêts.
Une audition à forte charge politique
La séquence a été ouverte par le rapporteur de la commission, le député Charles Alloncle, membre de l’Union des droites pour la République. Celui ci a interrogé la pertinence de confier le principal rendez vous d’information du service public à une journaliste dont le compagnon, Raphaël Glucksmann, est pressenti pour porter les couleurs du Parti socialiste à la prochaine élection présidentielle.
Une question posée dans un cadre plus large de suspicion sur la neutralité éditoriale de l’audiovisuel public, régulièrement mise en cause par une partie de la droite parlementaire. Pour Alexandre Kara, le lien personnel évoqué ne saurait, à lui seul, disqualifier une journaliste de premier plan.
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« Il n’y a pas des centaines de Léa Salamé », a t il fait valoir devant les députés, rappelant la longévité de sa carrière, son expérience du débat politique et la solidité de ses audiences, tant à la radio qu’à la télévision.
La déontologie comme ligne de défense
Face aux interrogations des parlementaires, Alexandre Kara a insisté sur le cadre déontologique qui régit l’exercice du journalisme au sein de France Télévisions. Il a rappelé que la candidature de Raphaël Glucksmann n’était, à ce stade, ni officielle ni actée, et que, si elle devait se concrétiser, « les règles déontologiques s’appliqueraient ».
Ces règles incluent notamment des mécanismes de déport, des limitations d’intervention et un encadrement strict des sujets pouvant concerner directement ou indirectement des proches de journalistes en situation de responsabilité éditoriale.
Alexandre Kara a également souligné que la nomination de Léa Salamé s’inscrivait dans une logique éditoriale de continuité, visant à renforcer l’attractivité du journal de 20 heures dans un paysage audiovisuel marqué par une concurrence accrue des chaînes d’information en continu et des plateformes numériques.
Un choix stratégique sous surveillance parlementaire
En conclusion de son audition, le directeur de l’information a revendiqué un choix assumé, presque personnel. « Je me refuse aujourd’hui à priver les Français d’une journaliste aussi talentueuse », a t il déclaré, liant explicitement la décision à l’intérêt du public et à la mission de service public.
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Léa Salamé, appelée à être auditionnée à son tour, devra désormais convaincre les députés de sa capacité à incarner le journal du soir tout en respectant les exigences d’indépendance et d’impartialité. Une équation devenue centrale pour France Télévisions, alors que la commission d’enquête poursuit ses travaux dans un climat de forte tension politique autour de l’avenir de l’audiovisuel public.


