J’ai testé : une journée avec le dictaphone qui écoute à ma place

Je l’ai emmené en réunion, en entretien et dans des lieux bruyants, pour voir ce qu’un dictaphone dopé à l’intelligence artificielle change vraiment au travail journalistique. Le Plaud Note Pro promet de libérer l’attention. Sur le terrain, il oblige surtout à repenser ses réflexes.

5 minutes de lecture

Il tient dans la main, n’a pas d’écran et ne demande presque rien. Un bouton, un voyant, et c’est tout. Le Plaud Note Pro se présente comme un objet qui disparaît au profit de ce qu’il capte. L’argument est séduisant. Ne plus penser à enregistrer, ne plus prendre de notes à la volée, ne plus passer des heures à réécouter des fichiers audio.

Je l’ai donc testé comme je l’utilise réellement, sans précaution particulière, au fil d’une journée faite d’échanges courts, d’entretiens plus longs et de discussions informelles.

Oublier l’outil pour se concentrer sur l’échange

Premier constat, l’objet sait se faire oublier. Clipé sur une veste ou posé sur une table, il ne parasite pas la conversation. Pas de téléphone visible, pas d’ordinateur ouvert, pas de posture de prise de notes. Pour un entretien, cela change immédiatement la dynamique. Le regard est plus direct, l’écoute plus attentive.

L’enregistrement se déclenche simplement. À ce stade, le Plaud Note Pro fait exactement ce que faisait déjà un bon dictaphone, mais avec un avantage : il ne détourne pas l’attention. En réunion, c’est encore plus frappant. On ne se demande plus qui note quoi, ni si l’on a raté une information.

La qualité sonore est correcte, sans être exceptionnelle. Dans un bureau calme ou une salle de réunion, les voix sont nettes. Dès que l’environnement devient plus bruyant, café, couloir, open space, les limites apparaissent. L’outil capte tout, mais ne hiérarchise pas toujours ce qui compte.

La promesse se joue après, sur l’écran

Tout l’intérêt du produit se révèle une fois l’enregistrement synchronisé avec l’application. La transcription est automatique, relativement rapide, et globalement fiable sur des propos structurés. Les phrases sont bien découpées, la ponctuation est là, et la lecture reste fluide.

Pour un journaliste, le gain est immédiat sur le dérushage. On retrouve rapidement une citation, une formulation précise, un passage clé. Mais l’illusion d’un texte prêt à publier disparaît vite. Les hésitations sont fidèlement retranscrites, les tics de langage aussi. Le texte brut reste un matériau, pas un produit fini.

Là où l’outil intrigue davantage, c’est sur les résumés générés par l’intelligence artificielle. L’application propose des synthèses, des titres, parfois des listes de points clés. Utile pour structurer un compte rendu ou retrouver le fil d’un échange, mais dangereux si l’on s’y fie aveuglément. Le sens est parfois simplifié, certaines nuances disparaissent, et l’interprétation n’est jamais neutre.

Un assistant, pas un journaliste bis

Après plusieurs heures d’utilisation, le constat est clair. Le Plaud Note Pro n’automatise pas le travail intellectuel. Il automatise une partie ingrate, l’écoute répétitive, la recherche de citations, la mise à plat brute des propos. C’est déjà beaucoup, mais ce n’est pas tout.

Les citations doivent être vérifiées à l’audio. Les formules doivent être contextualisées. Et certaines intentions, un silence, une ironie, un regard, échappent totalement à la machine. Comme souvent avec les outils à base d’intelligence artificielle, le risque est de confondre vitesse et compréhension.

Se pose aussi la question de la confidentialité. Les enregistrements sont traités via des serveurs distants. La société Plaud assure un chiffrement et une protection des données, mais l’utilisateur doit accepter cette externalisation, ce qui n’est pas anodin pour des échanges sensibles.

Un objet qui change les habitudes plus que le métier

Au terme du test, le Plaud Note Pro apparaît moins comme une révolution que comme un révélateur. Il pousse à écouter davantage, à moins écrire sur le moment, à déplacer le travail après coup. Bien utilisé, il soulage. Mal utilisé, il incite à la paresse intellectuelle.

Partager cet article
Follow:
Après des études en Affaires Publiques et à HEC Montréal, Timothé devient journaliste pigiste. Il collabore avec de nombreux médias français depuis Montréal.
Laisser un commentaire