Le parquet de Paris a décidé de classer sans suite la plainte déposée par Patrick Cohen et Thomas Legrand contre le magazine L’Incorrect, après la diffusion, en septembre dernier, d’un enregistrement audio capté à leur insu. L’information a été confirmée mercredi 28 janvier par une source proche du dossier à l’Agence France Presse.
Dans un communiqué transmis à l’AFP, les deux journalistes indiquent que « le procureur de la République décide de classer notre plainte contre X et contre L’Incorrect au motif que le secret des sources rend impossible la recherche de l’auteur de l’enregistrement que nous considérons comme illégal ». Ils précisent toutefois que cette décision ne met pas un terme à leurs démarches judiciaires.
Le secret des sources au cœur de la décision du parquet
Selon une source proche du dossier, l’enquête n’a pas permis d’identifier l’auteur de la vidéo diffusée par L’Incorrect, ni les conditions précises de son enregistrement. Le parquet aurait ainsi considéré que le secret des sources journalistiques faisait obstacle à toute identification de l’auteur des faits.
L’enquête avait été ouverte notamment pour atteinte à l’intimité de la vie privée et reproduction d’information fausse de nature à troubler la paix publique. Elle portait sur une conversation enregistrée à l’insu des journalistes avec des responsables socialistes, puis publiée et commentée dans plusieurs médias.
Dans leur communiqué, Patrick Cohen et Thomas Legrand affirment que le procureur leur a néanmoins indiqué « la possibilité de poursuivre notre action en justice par d’autres voies pour qu’un procès ait bien lieu ». Ils assurent vouloir démontrer qu’ils ont été « victimes d’espionnage malveillant » et que leurs propos ont été « manipulés et interprétés pour nuire » à leur réputation et, plus largement, à l’audiovisuel public.
Une polémique devenue affaire politique
La diffusion de l’enregistrement avait déclenché une vive controverse autour d’une supposée partialité de l’audiovisuel public. Dans la vidéo, on entend notamment Thomas Legrand déclarer « nous, on fait ce qu’il faut pour Rachida Dati, Patrick et moi », une phrase abondamment relayée et commentée sur CNews, Europe 1 et dans le Journal du dimanche, médias contrôlés par Vincent Bolloré.
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Cette séquence a contribué à alimenter une confrontation ouverte entre ces médias et France Télévisions ainsi que Radio France, où interviennent les deux journalistes. Dans la foulée, une commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public a été créée à l’initiative de l’Union des droites pour la République d’Eric Ciotti, alliée au Rassemblement national.
Patrick Cohen et Thomas Legrand ont été auditionnés par cette commission le 18 décembre dernier, dans un climat particulièrement tendu. Ils y ont dénoncé une machination, tandis que le rapporteur, le député UDR Charles Alloncle, leur reprochait de ne pas avoir présenté d’excuses publiques.
D’autres procédures toujours en cours
Cette affaire ne constitue pas l’unique front judiciaire pour Thomas Legrand. Fin décembre, l’éditorialiste a également déposé plainte après la diffusion par Europe 1 d’un autre enregistrement clandestin, cette fois d’une conversation privée dans un café avec l’ancienne directrice de France Inter Laurence Bloch. Une enquête distincte est actuellement en cours.
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Pour Patrick Cohen et Thomas Legrand, la décision du parquet ne marque donc pas la fin du dossier. « Notre travail n’est pas terminé », écrivent ils, affirmant leur intention de poursuivre le combat judiciaire afin d’obtenir la tenue d’un procès et une reconnaissance de l’illégalité des méthodes employées.


