Flambée du prix de l’essence : mais que fait la France ?

Alors que les prix à la pompe s’envolent sous l’effet des tensions au Moyen-Orient, plusieurs pays européens dégainent des mesures d’urgence. En France, l’exécutif reste en retrait, au risque d’alimenter les critiques sur son attentisme.

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La hausse se poursuit, rapide et tangible. Selon les données du ministère de la Transition écologique arrêtées au 20 mars, les prix des carburants ont encore progressé de 8 à 9 centimes en moyenne en une semaine en France. Depuis la fin février, le choc s’est installé durablement dans le quotidien des automobilistes.

Cette nouvelle flambée intervient dans un contexte de tensions géopolitiques accrues autour de l’Iran, qui ravivent les craintes sur l’approvisionnement mondial en pétrole, notamment via le détroit d’Ormuz.

Une envolée des prix qui s’installe dans la durée

Le gazole, qui représente près de 68 % de la consommation de carburants routiers, dépasse désormais les 2,10 euros le litre en moyenne, à 2,1088 euros. En trois semaines, la hausse dépasse les 40 centimes, un niveau comparable aux pics observés lors du choc énergétique de 2022.

L’essence suit la même trajectoire. Le SP95 E10 atteint 1,9445 euro le litre, en hausse de 8 centimes sur une semaine. Le SP98 franchit quant à lui la barre des 2 euros. Cette progression reflète directement celle du pétrole, le Brent ayant brièvement atteint 108 dollars le baril avant de refluer autour de 97 dollars, signe d’un marché extrêmement volatil.

La transmission à la pompe est rapide, dans un pays où la fiscalité représente une part importante du prix final.

Madrid agit, Paris observe

Face à cette situation, certains gouvernements ont choisi d’intervenir sans attendre. L’Espagne a adopté un plan d’urgence de 5 milliards d’euros, entré en vigueur le 22 mars, avec une baisse immédiate de la TVA sur les carburants de 21 % à 10 %.

Effet direct, le litre de SP95 est tombé autour de 1,51 euro, soit près de 30 centimes de moins qu’avant la mesure. Le diesel suit la même dynamique. Le dispositif s’étend également à l’électricité et au gaz, ainsi qu’à des aides ciblées pour les professionnels les plus exposés.

En France, aucune annonce de cette ampleur n’a été faite à ce stade. L’exécutif privilégie une posture d’attente, en misant sur un éventuel reflux des cours du pétrole plutôt que sur une intervention budgétaire immédiate.

Un choix contraint, mais politiquement risqué

Cette prudence s’explique en partie par l’état des finances publiques. Toute baisse de fiscalité sur les carburants représente un coût élevé pour l’État, dans un contexte de déficit déjà sous surveillance.

Mais ce choix expose le gouvernement à des critiques croissantes. La hausse des carburants agit comme un accélérateur d’inflation et pèse directement sur le pouvoir d’achat, en particulier pour les ménages dépendants de la voiture.

Elle alimente également les coûts des entreprises, notamment dans les secteurs du transport et de la logistique, avec des répercussions potentielles sur l’ensemble de l’économie.

Une réponse européenne éclatée qui interroge

Au-delà du cas français, la situation met en lumière une réponse européenne profondément désynchronisée. Entre intervention massive en Espagne et attentisme en France, les stratégies divergent, sans cadre commun pour amortir le choc.

Cette absence de coordination peut accentuer les écarts de prix entre pays voisins et créer des tensions supplémentaires sur le marché intérieur. Elle révèle aussi les limites d’une politique énergétique encore largement nationale, malgré un marché intégré.

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