Les usines papetières de Fibre Excellence menacées de fermeture : l’État face à une course contre la montre

Les sites français de Saint-Gaudens (Haute-Garonne) et de Tarascon (Bouches-du-Rhône), derniers grands établissements de production de pâte à papier en France, sont en péril. En cause : une perte de dizaines de millions d’euros liée au tarif de rachat de l’électricité qu’elles produisent, plongée d’un marché de la pâte à papier et hausse des coûts d’approvisionnement.

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Fibre Excellence emploie 600 salariés à Saint-Gaudens (Haute-Garonne) et à Tarascon (Bouches-du-Rhône). (Fibre Excellence)

Le compte à rebours est enclenché. À Saint Gaudens en Haute Garonne comme à Tarascon dans les Bouches du Rhône, les salariés de Fibre Excellence se mobilisent pour tenter d’éviter l’arrêt de leurs usines. Ensemble, les deux sites emploient environ 670 salariés et irriguent toute une filière forêt bois papier qui fait vivre des milliers de personnes dans ces territoires déjà fragiles.

La direction a alerté sur une situation financière devenue intenable. Si aucune solution n’est trouvée rapidement, la production pourrait être suspendue dans les prochaines semaines. Pour ces bassins industriels, l’impact serait considérable.

Une équation énergétique devenue explosive

Le cœur du problème ne réside pas uniquement dans la production de pâte à papier. Celle ci, selon les représentants de l’entreprise, serait proche de l’équilibre. C’est l’activité de production d’électricité à partir de biomasse qui fragilise l’ensemble.

Les deux usines valorisent les résidus de bois pour produire de la vapeur et de l’électricité, qu’elles revendent ensuite au réseau. Mais le tarif de rachat, fixé à environ 105 à 120 euros le mégawattheure selon les sites, ne couvrirait plus les coûts de production, désormais estimés entre 170 et 180 euros le mégawattheure.

À cela s’ajoute l’envolée du prix du bois de trituration, en hausse d’environ 50 pour cent ces dernières années. Résultat, une perte annuelle estimée à près de 30 millions d’euros pour l’activité énergétique, qui pèse directement sur la trésorerie des usines.

Un plan de soutien sous conditions

Face à la menace, l’État a engagé des discussions avec l’entreprise et son actionnaire, le groupe Paper Excellence. Un plan de soutien d’environ 150 millions d’euros est à l’étude. Il comprendrait un étalement de dettes publiques et sociales, un allégement de certaines charges et une garantie partielle de l’État sur un plan d’investissement industriel destiné à moderniser les installations.

Le gouvernement conditionne toutefois son aide à un engagement clair et durable de l’actionnaire. Sans visibilité sur la stratégie industrielle à long terme, l’exécutif ne souhaite pas débloquer de fonds publics.

En revanche, une révision immédiate des tarifs de rachat de l’électricité n’est pas acquise. Bercy estime que ces tarifs relèvent d’un cadre réglementaire plus large et renvoie le débat à une future discussion budgétaire.

Une filière stratégique sous tension

Fibre Excellence est aujourd’hui l’un des derniers producteurs significatifs de pâte à papier marchande en France. Les sites alimentent notamment la fabrication de papiers hygiéniques, d’essuie tout ou d’emballages. Leur disparition poserait la question de la dépendance accrue aux importations.

Au delà des 670 emplois directs, ce sont plus de 10 000 emplois indirects qui pourraient être affectés dans l’exploitation forestière, le transport et la transformation du bois. À Saint Gaudens, des commerces et des collectivités redoutent un choc économique comparable à celui d’une fermeture de grande usine sidérurgique.

Une décision imminente

Les syndicats ont multiplié les actions ces dernières semaines et réclament une décision rapide. Ils demandent notamment une adaptation des mécanismes de soutien à la production d’électricité issue de biomasse.

Les discussions se poursuivent entre la direction, l’actionnaire et les pouvoirs publics. Mais le calendrier est serré. Sans accord financier et industriel dans les prochaines semaines, la production pourrait être arrêtée.

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