L’annonce a été faite discrètement, mais elle n’en est pas moins lourde de sens. Ubisoft a confirmé la fermeture de son studio de développement d’Halifax, spécialisé dans les jeux mobiles free to play. Soixante et onze postes sont supprimés. Le groupe justifie cette décision par la poursuite de sa stratégie de rationalisation engagée depuis deux ans afin de restaurer sa rentabilité.
Dans un message transmis aux médias, Ubisoft évoque une « décision difficile », prise dans le cadre d’actions menées à l’échelle du groupe pour améliorer son efficacité opérationnelle. Les salariés concernés doivent bénéficier d’indemnités de départ et d’un accompagnement à la reconversion.
Le Canada, pilier historique d’Ubisoft désormais touché
C’est la première fois qu’un studio canadien est directement concerné par les fermetures annoncées par Ubisoft depuis le lancement de son plan d’économies. Le Canada occupe une place centrale dans la stratégie du groupe, qui y concentre le plus grand nombre de ses effectifs, notamment à Montréal, Québec, Sherbrooke, Saguenay ou encore Toronto.
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Cette fermeture tranche avec la dynamique historique du pays, longtemps présenté comme un modèle d’écosystème pour l’industrie du jeu vidéo, soutenu par des crédits d’impôt généreux et une main-d’œuvre hautement qualifiée. Elle intervient dans un contexte où plusieurs acteurs du secteur revoient leur implantation géographique, sous l’effet conjugué de la hausse des coûts, du ralentissement du marché et de la fin de l’euphorie post pandémie.
Un plan d’économies engagé depuis 2024
Ubisoft a enclenché un premier plan d’économies de 200 millions d’euros, suivi d’un second de 100 millions d’euros à l’été 2025. Ces mesures se sont traduites par une réduction progressive des effectifs mondiaux. Au 30 septembre dernier, le groupe comptait un peu plus de 17 000 salariés, soit environ 1 500 de moins sur un an.
Cette baisse repose à la fois sur des départs non remplacés, des plans de départs volontaires, des licenciements ciblés et plusieurs fermetures de studios, notamment aux États-Unis, au Japon et au Royaume Uni. La décision concernant Halifax s’inscrit dans cette logique globale de recentrage.
Le jeu mobile, talon d’Achille du groupe
Fondé en 2010, Ubisoft Halifax était dédié au développement de jeux mobiles, un segment sur lequel le groupe peine à s’imposer durablement. Malgré plusieurs tentatives, Ubisoft n’a jamais réussi à rivaliser avec les géants du mobile dominés par quelques acteurs asiatiques et américains.
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Le studio canadien a notamment travaillé sur Rainbow Six Mobile, dont la sortie est prévue le 23 février. Un projet stratégique, mais qui illustre aussi les difficultés du groupe à transformer ses grandes licences console et PC en succès commerciaux sur smartphone. Plusieurs projets mobiles ont été arrêtés ou repensés ces dernières années, faute de performances suffisantes.
Une fermeture sous tension sociale
La fermeture d’Ubisoft Halifax intervient dans un contexte social particulier. Une soixantaine d’employés avaient annoncé en décembre leur adhésion à la Game and Media Workers Guild of Canada, marquant la première syndicalisation d’un studio Ubisoft en Amérique du Nord. Le syndicat Solidaires Informatiques a dénoncé un calendrier jugé troublant.
Ubisoft assure de son côté que le processus de fermeture avait été engagé avant cette initiative syndicale, réfutant tout lien entre les deux événements. Une explication qui peine toutefois à dissiper les interrogations, dans une industrie où les mouvements de syndicalisation se multiplient, notamment au Canada et aux États-Unis.
Vers une profonde réorganisation interne
Au delà des fermetures, Ubisoft prépare une refonte de son organisation. Le groupe prévoit de regrouper sa trentaine de studios mondiaux en plusieurs « maisons créatives », chacune dédiée à un ensemble de licences et de styles de jeux.
La première structure annoncée, Vantage Studios, réunit les franchises les plus stratégiques du groupe, dont Assassin’s Creed, Far Cry et Rainbow Six. Elle rassemble plusieurs studios canadiens, notamment Montréal, Québec, Sherbrooke et Saguenay, ainsi que des équipes européennes à Barcelone et Sofia.

