La riposte n’a pas tardé. Quelques heures après la décision cinglante de la Cour suprême, J. D. Vance est monté au créneau. Selon le vice président, l’arrêt rendu par la haute juridiction serait « illégal » et rendrait « plus difficile pour Donald Trump la protection des industries américaines et la résilience des chaînes d’approvisionnement ». Une accusation lourde, inédite dans la bouche d’un numéro deux de l’exécutif visant la Cour suprême.
La tension institutionnelle franchit ainsi un nouveau palier. Car loin de se résigner, la Maison Blanche a enclenché une contre offensive immédiate.
Une nouvelle taxe mondiale de 10 % dès le 24 février
Donald Trump a confirmé avoir signé un décret instaurant une taxe douanière mondiale de 10 %, applicable à tous les pays à compter du 24 février et pour une durée de cent cinquante jours. Le président affirme agir cette fois en vertu d’un autre fondement juridique, distinct du dispositif censuré.
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Cette taxe s’ajoute aux droits déjà existants, notamment ceux invoqués au nom de la sécurité nationale ou issus de précédentes enquêtes commerciales. Certaines exemptions sont prévues, notamment pour l’industrie pharmaceutique ou pour les produits entrant dans le cadre de l’accord liant les États Unis, le Mexique et le Canada.
Ce redéploiement témoigne d’une volonté claire : maintenir la pression tarifaire coûte que coûte, malgré le camouflet judiciaire.
Des partenaires prudents, des marchés soulagés
À l’étranger, la réaction est mesurée. Le Mexique, dont plus de 80 % des exportations sont destinées au marché américain, appelle à la patience et à l’analyse avant toute riposte. Son ministre de l’économie a souligné que la majorité des exportations mexicaines vers les États Unis restent exemptées grâce à l’accord de libre échange nord américain.
Du côté des marchés financiers, Wall Street a salué la décision de la Cour suprême. Les principaux indices ont terminé en hausse, signe que les investisseurs perçoivent l’invalidation des droits de douane « réciproques » comme un facteur de stabilisation.
L’incertitude demeure toutefois sur les modalités d’application de la nouvelle taxe mondiale et sur ses éventuelles contestations judiciaires.
Des divisions républicaines plus visibles
Au Congrès, le dossier ravive des fractures anciennes. Avant Donald Trump, le Parti républicain se revendiquait largement du libre échange. Plusieurs élus conservateurs ont déjà exprimé leur malaise face à des mesures assimilées par certains à des hausses d’impôts déguisées.
Certains parlementaires ont salué la décision de la Cour suprême, rappelant que le pouvoir de lever l’impôt appartient au Congrès. D’autres soutiennent toujours l’efficacité des droits de douane sans s’engager clairement sur leur rétablissement.
Chez les démocrates, le ton est plus offensif. L’arrêt est présenté comme un désaveu de « l’excès de pouvoir » de l’exécutif et comme une victoire pour les consommateurs américains.
Un bras de fer institutionnel inédit
En contestant publiquement la légitimité de la décision de la Cour suprême, J. D. Vance ouvre un front sensible. La confrontation dépasse désormais le terrain économique pour devenir pleinement institutionnelle.
Après le rappel sévère à la séparation des pouvoirs infligé par les juges, l’exécutif choisit la démonstration de force. La nouvelle taxe mondiale sera un test. Test de sa solidité juridique, test de sa viabilité politique, test aussi de la capacité des contre pouvoirs à contenir une présidence décidée à gouverner par l’urgence.


