La Cour suprême américaine inflige un revers historique à Donald Trump sur les droits de douane

La plus haute juridiction américaine a jugé illégaux une large partie des droits de douane dits « réciproques » imposés en 2025 par le président américain. Une décision lourde de conséquences politiques, économiques et institutionnelles, qui fragilise l’un des piliers de sa stratégie « America First ».

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C’est un camouflet d’une rare brutalité institutionnelle. Vendredi, la Cour suprême des États Unis a annulé une large partie des droits de douane « réciproques » imposés en 2025 par Donald Trump. Par six voix contre trois, dont celles de magistrats conservateurs, la plus haute juridiction du pays a estimé que le président avait franchi la ligne rouge constitutionnelle.

Le choc est politique. Il est aussi symbolique. Les droits de douane constituaient le cœur battant de la doctrine « America First », l’instrument privilégié d’un rapport de force assumé avec la Chine, l’Union européenne et jusqu’aux alliés traditionnels de Washington. En les invalidant, la Cour ne corrige pas seulement une mesure économique. Elle rappelle au président que le pouvoir fiscal n’est pas à sa discrétion.

Un rappel sévère à la séparation des pouvoirs

Pour justifier ces hausses tarifaires massives, la Maison Blanche s’était appuyée sur une loi de 1977 autorisant le président à agir en cas d’urgence nationale. Selon l’exécutif, les déséquilibres commerciaux chroniques constituaient une menace suffisante pour activer ces pouvoirs exceptionnels.

Les juges n’ont pas été convaincus. Dans une décision ciselée, la Cour rappelle que la Constitution confie explicitement au Congrès le soin de lever les taxes et d’établir les droits de douane. L’exécutif peut encadrer certaines transactions en période de crise. Il ne peut pas, en revanche, instaurer un régime tarifaire mondial par simple décret.

Derrière la querelle technique, l’enjeu est institutionnel. Depuis plusieurs années, les présidents américains, républicains comme démocrates, ont étendu l’usage des textes d’exception. Cette fois, la Cour a décidé de refermer la parenthèse. Le message est limpide : l’urgence ne peut devenir un mode de gouvernement permanent.

Un pilier de la stratégie « America First » fragilisé

Les mesures annulées concernaient la quasi totalité des partenaires commerciaux des États Unis. Elles visaient à renchérir les importations afin de favoriser la production nationale et d’obliger les capitales étrangères à renégocier des accords jugés défavorables.

Sur le plan politique, Donald Trump en avait fait un marqueur identitaire. Les droits de douane étaient présentés comme l’arme du rééquilibrage et de la souveraineté retrouvée. Ils avaient aussi généré des recettes considérables pour le Trésor américain.

Mais le dispositif était contesté. Des entreprises dénonçaient une imprévisibilité coûteuse, des États fédérés évoquaient une insécurité juridique permanente. La coalition de plaignants, composée de petites sociétés et de plusieurs États, soutenait que la Maison Blanche avait détourné un texte d’exception pour en faire un outil général de politique économique. La Cour leur donne raison.

Une riposte politique immédiate

Donald Trump n’a pas tardé à réagir. Il a dénoncé une décision « catastrophique pour l’économie américaine » et accusé la Cour de priver le pays de moyens de défense face aux « abus commerciaux étrangers ». Le président a promis de recourir à d’autres bases juridiques pour maintenir la pression tarifaire.

Reste que les instruments alternatifs sont plus ciblés et plus encadrés. Ils ne permettent pas de reproduire l’ampleur du mécanisme invalidé. À court terme, l’administration doit également faire face à une question épineuse : celle des sommes déjà perçues. Des importateurs pourraient réclamer le remboursement des droits acquittés.

Un signal envoyé au monde

Au delà du tumulte intérieur, la décision est scrutée avec attention à Bruxelles, à Pékin et dans les grandes capitales commerciales. Elle introduit une incertitude nouvelle. Des accords négociés sous la menace tarifaire pourraient être contestés. Des stratégies industrielles élaborées dans un contexte de guerre commerciale doivent être réévaluées.

Surtout, la Cour suprême vient de rappeler que, même dans l’Amérique polarisée de 2026, l’équilibre des pouvoirs demeure un principe actif. En sanctionnant l’exécutif, elle impose une limite claire à la tentation de gouverner par décret.

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