Soupçons d’espionnage : Bruxelles s’inquiète d’un possible relais hongrois au profit de Moscou

Des accusations explosives visant la Hongrie ravivent les tensions avec l’Union européenne, déjà fragilisée par les blocages de Budapest sur l’Ukraine. Bruxelles réclame des explications face à des soupçons de fuites vers la Russie.

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Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Peter Szijjarto, profiterait régulièrement de pauses lors de réunions entre responsables de l’UE à Bruxelles pour appeler son homologue russe Sergueï Lavrov. REUTERS/Marton Monus

La défiance entre Bruxelles et Budapest franchit un nouveau seuil. Selon des révélations du Washington Post, le ministre hongrois des Affaires étrangères Peter Szijjarto aurait, à plusieurs reprises, transmis des informations sensibles à son homologue russe Sergueï Lavrov, directement depuis des réunions de l’Union européenne.

Des accusations jugées suffisamment sérieuses pour susciter une réaction immédiate de la Commission européenne, qui se dit « très préoccupée » et demande désormais des éclaircissements au gouvernement hongrois.

Des échanges directs avec Moscou au cœur des réunions européennes

Selon le quotidien américain, Peter Szijjarto aurait profité de pauses lors de réunions à Bruxelles pour contacter Moscou et fournir « des comptes rendus directs de ce qui a été discuté ». Une source citée évoque une situation où « depuis des années, la Russie est en quelque sorte présente à chaque réunion de l’Union européenne ».

Si ces pratiques étaient avérées, elles constitueraient une violation majeure des règles de confidentialité qui encadrent les discussions entre États membres. « Les discussions au sein de l’UE sont confidentielles », a rappelé un porte parole de la diplomatie allemande, qualifiant ces allégations de « très graves ».

Bruxelles exige des clarifications, Berlin hausse le ton

Face à l’ampleur des accusations, la Commission européenne a appelé Budapest à s’expliquer. « Une relation de confiance entre les États membres ainsi qu’entre eux et les institutions est fondamentale pour le bon fonctionnement de l’Union », a insisté sa porte parole Anitta Hipper.

L’Allemagne a également exprimé sa vive inquiétude, tandis que plusieurs responsables européens, en privé, évoquent une rupture de confiance durable avec le gouvernement hongrois.

Ces révélations interviennent dans un contexte particulièrement tendu. Lors du dernier sommet européen, la Hongrie a bloqué un prêt de 90 milliards d’euros destiné à l’Ukraine, provoquant l’irritation de nombreux partenaires.

Budapest contre attaque et dénonce une « attaque grave »

Le gouvernement hongrois rejette en bloc ces accusations. Viktor Orbán évoque une « attaque grave » contre son pays et affirme, sans apporter de preuves, que son ministre aurait été mis sur écoute.

De son côté, le ministre des Affaires européennes Janos Boka défend une position assumée. « Il est parfaitement naturel que le ministre hongrois des Affaires étrangères parle au téléphone avec son homologue russe », a t il déclaré, estimant même que ses homologues européens devraient en faire autant.

Peter Szijjarto a lui même dénoncé « des théories du complot absurdes », évoquant une tentative de déstabilisation à l’approche des élections législatives du 12 avril.

Une fracture politique qui s’aggrave en Europe

Ces accusations ne surgissent pas dans un vide politique. Depuis plusieurs années, Viktor Orbán cultive une ligne singulière au sein de l’Union, marquée par des relations étroites avec Moscou et une opposition régulière aux initiatives européennes en faveur de l’Ukraine.

Le premier ministre polonais Donald Tusk a d’ailleurs affirmé que ces révélations « ne devraient surprendre personne », ajoutant « nous le soupçonnons depuis longtemps ».

Dans ce contexte, certains responsables européens redoutent une paralysie accrue des décisions stratégiques, notamment en matière de soutien militaire et financier à Kiev. L’issue des élections hongroises pourrait désormais devenir un facteur déterminant pour l’équilibre politique au sein de l’Union.

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