La nuit est tombée sur Bondi Beach quand la fête a basculé. En début de soirée dimanche, des tirs nourris ont éclaté au milieu d’un rassemblement organisé en bord de mer pour célébrer Hanouka, sur la pelouse d’un parc surplombant l’océan. La police de Nouvelle Galles du Sud a évoqué une attaque menée par deux tireurs. Le bilan, encore provisoire, a été révisé à plusieurs reprises au fil des heures, pour atteindre au moins quinze victimes, auxquelles s’ajoute l’un des assaillants tué lors de l’intervention des forces de l’ordre. Environ quarante personnes ont été blessées, certaines par balles, d’autres dans les mouvements de panique et l’évacuation du site, selon les dernières informations communiquées par les autorités locales.
Le rassemblement réunissait une foule importante, les services de secours évoquant plus d’un millier de personnes présentes au moment des tirs. Des témoins racontent une dizaine de minutes de détonations, le bruit sec des rafales, des familles cherchant à se cacher derrière des arbres et des murets, puis une ruée vers les rues adjacentes. « On aurait dit des feux d’artifice », décrit une enseignante de Sydney interrogée par des médias, tandis qu’un étudiant chilien évoque « une arme puissante » et la stupeur d’une plage d’ordinaire festive transformée en scène de crime. Dans la nuit, des rues du quartier de Bondi ont été bouclées, des policiers armés postés aux carrefours, et les hôpitaux de Sydney ont été placés en alerte face à l’afflux de blessés.
« Une attaque contre les Juifs est une attaque contre tous les Australiens »
Le gouvernement australien a rapidement qualifié l’événement d’acte terroriste et insisté sur son caractère antisémite. Le Premier ministre Anthony Albanese a dénoncé « un acte malveillant, antisémite et terroriste qui a frappé le cœur de notre nation » et assuré que l’État mobiliserait « toutes les ressources » pour lutter contre l’antisémitisme. Il a annoncé que les drapeaux seraient mis en berne dans tout le pays lundi, en signe de deuil national. Les autorités ont également confirmé la présence d’un enfant parmi les victimes, ajoutant une dimension supplémentaire au choc national.
À Paris, les réactions ont été immédiates. Emmanuel Macron a exprimé la « pleine solidarité de la Nation » à la famille d’un Français tué dans l’attaque, identifié comme Dan Elkayam. Le ministre des Affaires étrangères Jean Noël Barrot a confirmé qu’un compatriote figurait parmi les victimes, dénonçant une attaque « abjecte » et rappelant la volonté de la France de combattre l’antisémitisme et le terrorisme. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a, de son côté, demandé aux préfets de renforcer la sécurité autour des lieux de culte juifs en France pendant la période des célébrations, dans un contexte de tensions internationales et de vigilance accrue à l’approche des fêtes.
Un passant désarme un tireur « à mains nues »
Au milieu du chaos, un geste de bravoure a été salué par les autorités australiennes. Une vidéo devenue virale montre un passant se jeter sur l’un des tireurs, l’agripper puis lui arracher son arme lors d’une lutte de quelques secondes, avant de le tenir en joue sans tirer. Plusieurs médias locaux ont identifié cet homme comme Ahmed al Ahmed, un vendeur de fruits de 43 ans, blessé par balles lors de son intervention. Le Premier ministre de Nouvelle Galles du Sud Chris Minns a parlé d’une scène « incroyable » et a estimé que ce geste avait probablement sauvé de nombreuses vies.
L’enquête se poursuit sur les motivations et la préparation de l’attaque. La police a indiqué avoir retrouvé un engin explosif artisanal dans un véhicule lié à l’assaillant décédé, tandis que des perquisitions ont été menées dans l’ouest de Sydney. Les autorités ont également dit examiner l’hypothèse d’un éventuel troisième complice, même si, à ce stade, la piste principale reste celle d’un duo d’assaillants. Dans un pays où la législation sur les armes est réputée stricte et les fusillades de masse rares, l’attentat de Bondi Beach provoque une onde de choc durable et ravive les inquiétudes de la communauté juive, qui affirme alerter depuis plusieurs mois sur la hausse d’actes antisémites.
Dans la nuit, les services de transfusion sanguine ont lancé un appel aux dons, notamment pour le groupe O négatif, en raison des besoins immédiats des hôpitaux. À Bondi, lundi matin, le sable était encore jonché d’objets abandonnés dans la fuite, tandis que des habitants venaient déposer des fleurs au pied des barrières de police.


