Après plus de quatre années de guerre, une rare coordination entre Moscou et Kiev s’est concrétisée dans le sud de l’Ukraine. Une trêve humanitaire localisée est entrée en vigueur mardi 27 octobre dans le secteur d’Olechky, une ville de la région de Kherson occupée par les forces russes depuis les premières semaines de l’invasion de février 2022. Selon Associated Press, la suspension des combats a débuté à 3 heures, heure ukrainienne, pour permettre l’acheminement ultérieur de vivres et de médicaments et préparer l’évacuation des civils pris au piège. Les représentants des deux pays ont confirmé son entrée en vigueur, tandis que les attaques se sont poursuivies ailleurs en Ukraine.
L’accord se distingue par l’implication de Melania Trump, dont le cabinet affirme avoir servi d’intermédiaire entre les deux parties. Dans un communiqué publié le 23 octobre, la Maison Blanche avait annoncé une trêve devant initialement commencer le 29 octobre, avant une mise en œuvre avancée au 27 octobre. L’opération doit durer jusqu’à samedi, voire davantage, selon les négociateurs cités par Associated Press. Cette initiative intervient alors que Washington tente de relancer les échanges diplomatiques entre la Russie et l’Ukraine sans obtenir, à ce stade, de réduction générale des opérations militaires.
Près de 2 000 civils isolés dans une ville dévastée
Située sur la rive orientale du Dniepr, face à Kherson, restée sous contrôle ukrainien, Olechky est devenue l’un des symboles de la catastrophe humanitaire dans les territoires occupés. Avant la guerre, cette ville comptait environ 24 000 habitants. Selon les estimations avancées par la Maison Blanche, seuls 1 700 à 2 000 résidents y vivent encore, essentiellement des personnes âgées, accompagnées de quelques dizaines d’enfants. Ces ordres de grandeur restent incertains, aucun recensement complet n’ayant été réalisé depuis l’invasion.
La situation locale a été aggravée par la destruction du barrage de Kakhovka en juin 2023, qui avait provoqué d’importantes inondations dans la région. Selon la Maison Blanche, environ 90 % du territoire de la ville avait alors été submergé. Les habitants encore présents sont confrontés à la destruction des infrastructures, aux coupures d’électricité, au manque de médicaments et à la présence de mines sur les routes. Les attaques de drones rendent également les déplacements dangereux, compliquant tout ravitaillement régulier et toute évacuation organisée.
Les discussions conduites par l’équipe de Melania Trump ont notamment porté sur la sécurisation des itinéraires, l’acheminement de l’aide et le transport des civils qui souhaitent partir. Selon Associated Press, des médecins, des médicaments, de la nourriture et de l’eau doivent être acheminés sur place avant l’ouverture de couloirs d’évacuation. Les opérations réclament une coordination particulièrement délicate entre les autorités civiles des deux camps, dont les forces armées demeurent séparées par un front actif le long du Dniepr.
Des négociations annoncées pour novembre, malgré les désaccords
Cette ouverture humanitaire survient alors que les efforts diplomatiques américains ont repris après plusieurs semaines de tensions entre Washington et Kiev. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé des discussions envisagées dans la première quinzaine de novembre, avec une participation américaine et russe. La perspective de cette rencontre s’inscrit dans une succession de contacts entre responsables des trois pays, mais aucun accord de paix général n’a été annoncé. Le cessez-le-feu d’Olechky reste limité à un secteur et à une mission humanitaire.
La question territoriale demeure l’un des principaux obstacles à un règlement. Moscou continue de revendiquer quatre régions ukrainiennes dont elle a proclamé l’annexion en 2022, sans les contrôler entièrement. La Russie exige aussi des limitations durables des capacités militaires ukrainiennes et l’abandon de la perspective d’une adhésion à l’OTAN. Kiev rejette ces conditions et réclame des garanties de sécurité internationales pour éviter une reprise des hostilités. La place des Européens dans un éventuel dispositif de garanties demeure également au centre des discussions.
Sur le terrain, les frappes et les affrontements continuent en dehors de la zone couverte par la trêve d’Olechky. Quelques minutes après l’entrée en vigueur de la suspension locale des combats, des explosions de missiles balistiques ont secoué Kiev, selon Associated Press. Des attaques russes avaient déjà endommagé la veille des installations universitaires de la capitale et fait plusieurs blessés. À l’approche de l’hiver, les infrastructures énergétiques, l’accès à l’eau et les voies d’approvisionnement demeurent particulièrement vulnérables dans les villes proches du front.






