Budget 2026, la fin d’un feuilleton sans vainqueur

Le rejet des dernières motions de censure a permis l’adoption définitive du budget 2026, au terme de quatre mois de débats heurtés. Si le gouvernement de Sébastien Lecornu peut se targuer d’avoir évité la chute, le texte budgétaire consacre surtout une stabilisation politique au prix d’un net essoufflement de l’action publique.

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Sébastien Lecornu, le 11 octobre 2025 Crédit : Martin LELIEVRE / POOL / AFP
Sébastien Lecornu, le 11 octobre 2025. Photo : Martin LELIEVRE / POOL / AFP

Rideau sur une séquence parlementaire hors normes. Lundi 2 février, devant un hémicycle clairsemé, les députés ont rejeté les deux ultimes motions de censure déposées par le Rassemblement national et la gauche hors Parti socialiste, ouvrant la voie à l’adoption définitive du budget. Quatre mois de débats, près de trois cent cinquante heures de discussion et une succession de crises auront été nécessaires pour aboutir à ce vote.

À l’issue du scrutin, Sébastien Lecornu s’est félicité que la France ait enfin un budget, présenté comme le fruit d’un compromis intégrant des amendements venus de tous les bancs. Quelques heures plus tôt, le premier ministre avait toutefois laissé transparaître son exaspération, dénonçant à la tribune la « grande déconnexion » de certains élus et un climat « politicien » ayant, selon lui, empoisonné les débats.

Un compromis qui ne satisfait personne

Chacun revendique désormais des avancées. Le Parti socialiste souligne les concessions obtenues, tandis que les autres groupes mettent en avant leur capacité à infléchir le texte. Mais le projet de loi de finances adopté laisse un goût amer. Il ramène le déficit public à 5 pour cent du PIB, une trajectoire jugée insuffisante par le président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici.

Au sein de la majorité, le malaise est palpable. Pour le président du groupe Ensemble pour la République à l’Assemblée nationale, Gabriel Attal, ce budget acte la fin de cycle du quinquennat. Dans l’entourage d’Edouard Philippe, on y voit le symbole d’un macronisme vidé de sa substance. Le texte ne dessine aucune orientation structurante et se contente d’arbitrages défensifs, dictés par la contrainte parlementaire plus que par une vision politique.

La stabilité comme horizon minimal

Ce compromis a toutefois un prix assumé. En échappant à six motions de censure, Sébastien Lecornu a consolidé sa position à Matignon et devrait s’y maintenir jusqu’à l’élection présidentielle. La pression sur le chef de l’État, Emmanuel Macron, s’est nettement relâchée après des mois de tensions, marqués à l’automne 2025 par le renversement du gouvernement de François Bayrou, puis par la démission et la reconduction de Sébastien Lecornu.

Le spectre d’une crise politique majeure s’éloigne donc, sans pour autant que l’exécutif retrouve de véritables marges de manœuvre. La stabilité institutionnelle apparaît comme un objectif en soi, davantage que comme un levier pour engager des réformes de fond, à quatorze mois d’un scrutin présidentiel déjà omniprésent dans les calculs des groupes politiques.

Le retour contraint du 49.3

Sur la méthode, la promesse initiale de réhabiliter le compromis parlementaire s’est heurtée à la réalité. Sébastien Lecornu avait annoncé vouloir limiter le recours à l’article 49.3 et privilégier la discussion. S’il est parvenu à faire adopter le budget de la Sécurité sociale, le gouvernement a dû actionner à trois reprises le 49.3 pour faire passer le budget de l’État, faute d’accord entre les députés.

Cet épisode met en lumière les limites d’un parlementarisme fragmenté. La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a déjà évoqué la nécessité de réformer le règlement ou les lois encadrant la procédure budgétaire, afin d’éviter la reproduction d’un tel enlisement. En toile de fond, la tripartition politique complique durablement la formation de majorités stables, quel que soit le résultat des prochaines élections.

Un immobilisme redouté à l’approche des scrutins

Lundi soir, Sébastien Lecornu a exprimé son souhait de « pouvoir passer à autre chose ». Mais l’équation politique reste inchangée. Deux scrutins majeurs se profilent, peu propices aux compromis, et réduisent d’autant la capacité du gouvernement à engager des chantiers structurants.

Dans ses vœux, Emmanuel Macron avait appelé l’exécutif à faire œuvre utile. La perspective paraît incertaine. Un an et demi après la dissolution ratée de l’Assemblée nationale, qui a atomisé la scène politique, et à l’approche de la présidentielle, l’adoption du budget 2026 ressemble moins à un nouveau départ qu’à l’acceptation d’un immobilisme contraint. Un temps perdu, alors que les urgences économiques, sociales et budgétaires s’accumulent.

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