Le rendez vous est hautement symbolique. Emmanuel Macron prononcera lundi un discours consacré à la contribution de la dissuasion nucléaire française à la sécurité de l’Europe, a annoncé l’Élysée. Le président s’exprimera depuis l’Île Longue, à Brest, base stratégique où sont stationnés les quatre sous marins nucléaires lanceurs d’engins qui assurent la composante océanique de la force de frappe.
Dans l’entourage du chef de l’État, on évoque « un moment important du mandat » avec « sans doute des bascules et des évolutions assez significatives ». Aucune précision supplémentaire n’a été donnée, mais les attentes sont fortes chez les partenaires européens.
Un discours dans la continuité de 2020
Ce nouveau discours s’inscrit dans le prolongement de celui prononcé le 7 février 2020 par Emmanuel Macron. Le président avait alors proposé aux Européens un « dialogue stratégique » sur « le rôle de la dissuasion nucléaire française » dans la sécurité collective du continent, allant jusqu’à suggérer des exercices communs dans ce domaine ultrasensible.
« Soyons clairs : les intérêts vitaux de la France ont désormais une dimension européenne », avait il affirmé, dans la lignée des chefs de l’État depuis Charles de Gaulle. À l’époque, l’initiative avait suscité un intérêt mesuré de la part des partenaires européens, largement attachés au parapluie nucléaire américain dans le cadre de l’Otan.
La France demeure le seul État de l’Union européenne, et avec le Royaume Uni le seul pays européen, à disposer de l’arme nucléaire. Les autres membres de l’UE bénéficient de la dissuasion élargie des États Unis.
Guerre en Ukraine et doutes sur Washington
Depuis 2020, le contexte stratégique s’est profondément transformé. La guerre en Ukraine, la perception renforcée d’une « menace russe » et les interrogations sur la solidité de l’engagement américain en Europe ont rebattu les cartes.
À Munich, le 13 mars, le chancelier allemand Friedrich Merz a évoqué des « discussions confidentielles » avec Emmanuel Macron sur « la dissuasion nucléaire européenne ». Le président français avait alors indiqué envisager d’« articuler » la « doctrine nationale » avec « des coopérations spéciales, des exercices communs, et des intérêts de sécurité communs avec certains pays clés ».
Les États Unis, qui ont longtemps assumé l’essentiel de la protection du continent, pressent désormais les Européens d’accroître leur autonomie stratégique et leurs dépenses de défense. Dans le même temps, la Russie poursuit une guerre menée sous la protection de son propre arsenal nucléaire.


