Au soir du second tour, le contraste est saisissant. Emmanuel Grégoire franchit la barre des 50 % des voix. Rachida Dati reste bloquée autour de 41 %. L’écart est net, presque brutal. À Paris, la droite pensait jouer la victoire. Elle encaisse une nouvelle défaite.
Pourtant, jamais depuis des années elle n’avait semblé aussi proche d’une configuration favorable. Mais la campagne aura été celle des occasions manquées, des décisions tardives et des rivalités jamais vraiment tranchées.
Un premier tour en ordre dispersé
Tout commence par une division classique, presque devenue un réflexe. Au premier tour, trois lignes coexistent sans se rejoindre. Rachida Dati mène la campagne des Républicains. Pierre-Yves Bournazel défend une droite plus centriste. Sarah Knafo s’adresse à un électorat plus radical.
Résultat : un bloc éclaté, incapable de peser pleinement. Les voix se dispersent, arrondissement après arrondissement, sans qu’aucune dynamique ne s’impose.
Dans les coulisses, le constat est déjà posé. « On savait que divisés, on ne pouvait pas gagner », reconnaît un responsable de campagne. Mais personne ne bouge. L’union reste un mot, pas une stratégie.
Knafo se retire et lâche sa phrase
Entre les deux tours, la première bascule vient de Sarah Knafo. Arrivée autour de 10 %, elle annonce son retrait. « J’appelle mes électeurs à chasser la gauche de la mairie de Paris », déclare-t-elle, actant un désistement destiné à éviter la dispersion.
Mais la candidate ne se contente pas d’un ralliement discret. Elle règle aussi ses comptes avec son propre camp. Dans ses prises de parole, elle dénonce « la droite la plus bête du monde », incapable, selon elle, de s’unir quand l’enjeu l’exige.
Le message est clair : sans discipline, la droite se condamne elle-même. Et ce désistement, aussi stratégique soit-il, intervient après des semaines de division déjà ancrées dans l’électorat.
Bournazel résiste, puis se rallie
L’autre pièce du puzzle, c’est Pierre-Yves Bournazel. Pendant toute la campagne, il refuse toute fusion. « Je suis candidat pour gagner », répète-t-il, rejetant les appels à l’union.
Cette position crispe, retarde, fragilise. Elle nourrit l’idée d’un camp incapable de hiérarchiser ses priorités.
Finalement, après le premier tour, il accepte de fusionner avec Rachida Dati. La candidate LR salue alors « une dynamique » et évoque « une volonté d’alternance ».
Mais ce ralliement tardif ne gomme pas les semaines de flottement. Et il ne suffit pas à recréer une dynamique électorale.
La polémique Macron s’invite dans la campagne
Comme si la droite ne suffisait pas à elle-même, une polémique nationale vient s’inviter dans la campagne. Emmanuel Grégoire accuse Emmanuel Macron d’avoir « personnellement intervenu » pour favoriser une recomposition du second tour.
L’accusation est lourde : selon lui, le chef de l’État aurait pesé pour pousser certains candidats à se retirer et faciliter une configuration politique.
Depuis Bruxelles, Emmanuel Macron dément fermement. Ces propos « n’ont aucun sens » et « déshonorent la personne qui les dit », affirme-t-il, assurant ne « pas intervenir du tout dans ces municipales ».
Mais la séquence laisse des traces. Elle alimente les soupçons, brouille les lignes et installe un climat politique tendu, sans jamais réellement profiter à la droite.
Une union trop tardive pour inverser le rapport de force
Au final, tout était là, mais trop tard. Le retrait de Sarah Knafo, la fusion avec Pierre-Yves Bournazel, une candidate identifiée.
Sur le papier, la droite avait une chance. Dans les faits, elle n’a jamais réussi à recréer une dynamique. « Elle avait un boulevard, le résultat est une humiliation », lâche un ancien ministre, incrédule devant l’ampleur de la défaite. Car l’essentiel s’est joué avant. Dans l’incapacité à s’unir dès le départ. Dans les hésitations stratégiques. Dans les rivalités personnelles.
Ce scrutin ne fait que confirmer une tendance lourde. À Paris, la droite échoue élection après élection, malgré des thèmes de campagne qui trouvent un écho. Mais elle se heurte toujours au même obstacle : elle-même.
Divisée au premier tour, à peine rassemblée au second, incapable de parler d’une seule voix, elle offre le spectacle d’un camp qui ne parvient pas à tirer les leçons de ses échecs.


