À Marseille, la campagne municipale est entrée dans sa phase décisive. Jeudi soir, sur le plateau de BFM-TV, les quatre principaux candidats ont croisé le fer pendant plus d’une heure et demie. Le maire sortant Benoît Payan, la présidente de la métropole Martine Vassal, le député Sébastien Delogu et le candidat du Rassemblement national Franck Allisio ont confronté leurs visions dans un climat alourdi par l’actualité nationale.
Car le débat s’est ouvert loin du Vieux-Port, avec la mort à Lyon de Quentin Deranque, étudiant nationaliste de 23 ans, dont le décès a ravivé les accusations visant l’extrême gauche. Une séquence qui a immédiatement donné le ton.
La mort de Quentin Deranque s’invite dans la campagne
Dès les premières minutes, Sébastien Delogu a tenu à rendre hommage au jeune homme, appelant à ce que « la justice rende des comptes et mette derrière les barreaux les personnes qui ont tué ce jeune homme ». Le député insoumis, dont le parti est mis en cause pour ses liens supposés avec la Jeune Garde, a cependant réfuté toute responsabilité politique, affirmant que « LFI n’est coupable de rien ».
Il n’a pas commenté la mise en examen et le placement en détention provisoire de l’assistant parlementaire du député Raphaël Arnault, soupçonné de complicité de meurtre. Une prudence qui a suscité les attaques de Franck Allisio, lequel a imputé la responsabilité de la mort à « l’extrême gauche ».
Benoît Payan a refusé d’entrer dans cette logique, déclarant : « Je ne suis pas là pour dire que LFI a tué », tout en rappelant son opposition constante au Rassemblement national. Martine Vassal, elle, a estimé que « perdre un enfant pour des raisons politiques est inconcevable et inacceptable », plaidant pour l’inscription des groupes antifas sur la liste des organisations terroristes.
En quelques minutes, le débat municipal avait pris des allures de confrontation nationale.
Sécurité : deux visions irréconciliables
Une fois la polémique lyonnaise évacuée, les candidats ont abordé la question centrale pour de nombreux Marseillais : l’insécurité.
Franck Allisio a promis de « faire de la police municipale marseillaise la première de France », avec un triplement des effectifs, un doublement des caméras de vidéosurveillance et l’installation d’un poste de police municipale dans chaque secteur. Il a également renouvelé sa demande d’un placement de la ville sous état d’urgence pour lutter contre le narcotrafic, et défendu son idée d’un « pass anti racailles » pour l’accès à certaines plages.
À l’opposé, Sébastien Delogu a défendu une « police municipale non armée », axée sur « la prévention et la médiation ». Il a plaidé pour le retour d’une police de proximité « qui fera le lien avec une population qui regarde la police différemment qu’avant » et réitéré son appel à la légalisation du cannabis, présentée comme la seule « manière de combattre le narcotrafic ».
Entre ces deux pôles, Benoît Payan et Martine Vassal se sont livrés à une passe d’armes nourrie. La présidente de la métropole a accusé le maire sortant de « mentir » sur son bilan sécuritaire et de « n’avoir rien fait » en matière de recrutements et de caméras. Benoît Payan a répliqué en dénonçant les attaques d’une « femme la plus condamnée de France à la tête d’un département », en référence aux contentieux judiciaires visant son adversaire.
Le débat a alors glissé de la sécurité aux personnes.
Second tour : le jeu des désistements
Au-delà des échanges, c’est la configuration du second tour qui a cristallisé les attentions. Les projections d’opinion évoquent une possible triangulaire serrée entre Benoît Payan, Franck Allisio et Sébastien Delogu.
Interrogé sur son maintien éventuel, le député insoumis a assuré qu’il « fera tout pour faire barrage » au Rassemblement national, laissant entendre qu’un retrait restait possible. Benoît Payan, de son côté, s’est engagé à se désister s’il arrivait derrière Sébastien Delogu.
Franck Allisio a saisi l’occasion pour proposer une « union » à Martine Vassal afin d’« épargner à notre ville un nouveau mandat de la gauche », à condition qu’elle « renonce au macronisme ». Une main tendue immédiatement rejetée. « Monsieur Allisio a des valeurs qui ne sont pas les miennes », a tranché Martine Vassal, évoquant « le mérite, le travail, la famille, la patrie ».
Une formule qui a fait bondir Benoît Payan, lequel y a vu une référence à la devise du régime de Vichy.
Au terme de cette confrontation, aucun candidat n’a véritablement pris l’ascendant. Mais une certitude s’impose : à Marseille, la bataille municipale ne se jouera pas seulement sur les trottoirs dégradés ou la propreté des rues. Elle s’inscrit désormais dans un affrontement idéologique plus large, où sécurité, violence politique et alliances de second tour redessinent les lignes de fracture.


