Le Parti socialiste a choisi son candidat pour 2027, mais celui-ci n'est pas issu de ses rangs. Dimanche 11 octobre, Raphaël Glucksmann, fondateur de Place publique, a largement remporté la primaire de la gauche sociale-démocrate avec 66,17 % des suffrages exprimés. Avec 79 613 voix, l'eurodéputé de 46 ans devance très nettement Olivier Faure, premier secrétaire du PS, relégué à 14,46 %.

Les trois autres prétendants terminent loin derrière : Ségolène Royal recueille 7,62 % des voix, Emmanuel Maurel 5,92 % et Jérôme Guedj 5,83 %. Au total, 120 787 électeurs ont participé à cette consultation organisée en ligne, dont le déroulement a été perturbé par une cyberattaque ayant contraint les organisateurs à prolonger le scrutin jusqu'à dimanche soir. Une participation sans commune mesure avec les 2,8 millions de votants de la primaire remportée par François Hollande en 2011.

Un désaveu pour Olivier Faure

En s'imposant dès le premier tour, Raphaël Glucksmann ne se contente pas d'obtenir l'investiture socialiste. Son succès marque aussi la victoire d'une ligne politique qui entend rompre avec les alliances nouées ces dernières années entre le PS et La France insoumise. Le député européen, qui avait recueilli près de 14 % des suffrages aux élections européennes de 2024 à la tête de la liste PS et Place publique, a fait de cette rupture l'un des principaux marqueurs de sa campagne.

Pour Olivier Faure, qui avait défendu les stratégies d'union de la gauche, le résultat constitue un revers politique majeur. Le premier secrétaire du PS a néanmoins reconnu une « majorité très claire » et appelé les socialistes à se mobiliser derrière le vainqueur. Même position pour les autres candidats, qui s'étaient engagés à soutenir le résultat de la primaire, malgré les divergences apparues au cours des trois débats télévisés.

« Ce soir, la bataille de France commence »

À peine désigné, Raphaël Glucksmann a voulu donner à son succès une portée nationale. « Ce soir, la bataille de France commence », a lancé le nouveau candidat, en se présentant comme l'adversaire à la fois du macronisme, de l'influence de Jean-Luc Mélenchon sur la gauche et de l'extrême droite. Invité du journal de 20 heures de France 2, il a également réaffirmé qu'« il n'y aura pas d'accord avec LFI ».

Sur le fond, l'eurodéputé défend une orientation sociale-démocrate, résolument proeuropéenne, associant justice fiscale, augmentation des salaires et transition écologique. Il propose notamment de taxer davantage les très gros héritages pour améliorer les rémunérations nettes des travailleurs, tout en plaidant pour un renforcement de la souveraineté industrielle et militaire européenne. Des propositions qu'il devra désormais transformer en programme présidentiel, dans un contexte de finances publiques particulièrement contraintes.

Une investiture qui ne règle pas les divisions à gauche. 

La victoire de Raphaël Glucksmann lui assure le soutien officiel du Parti socialiste, de Place publique et de leurs alliés, mais ne garantit pas celui des autres formations de gauche. La secrétaire nationale des Écologistes, Marine Tondelier, a immédiatement dénoncé le « choix du repli » d'un candidat opposé à une alliance élargie. De son côté, François Ruffin a ironisé sur une primaire organisée, selon lui, au bénéfice du fondateur de Place publique.

Le principal défi de Raphaël Glucksmann reste donc de dépasser les frontières de son propre camp. Crédité de 9 à 14 % des intentions de vote selon les configurations testées dans les enquêtes récentes, il doit désormais convertir sa victoire interne en dynamique nationale, alors que Jean-Luc Mélenchon entend lui aussi représenter la gauche en 2027. L'eurodéputé pourra compter sur les moyens et les réseaux du PS, mais devra encore obtenir le ralliement d'élus et d'électeurs qui ne partagent pas nécessairement sa stratégie de rupture avec les insoumis.