À l’Assemblée nationale, la commission sur l’audiovisuel public vire au règlement de comptes

Entre accusations de « tribunal politique » et mise en cause personnelle, la commission d’enquête sur l’audiovisuel public à l’Assemblée nationale se transforme en champ de bataille. Son président, Jérémie Patrier-Leitus, critique ouvertement les méthodes de son rapporteur, Charles Alloncle, révélant des fractures profondes sur fond de soupçons d’instrumentalisation.

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Jeanne Accorsini - SIPA

La scène est rare, presque brutale. Sur RTL, lundi matin, Jérémie Patrier-Leitus ne se contente plus de nuances. Le président de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public prend ses distances avec son propre rapporteur, allant jusqu’à mettre en cause l’intention politique de ses travaux.

« Y avait-il un objectif politique dans cette commission d’enquête ? Est-ce qu’il a fait tout ça pour faire élire Jordan Bardella président de la République en 2027 ? », interroge-t-il. Une mise en cause frontale, qui dépasse largement les désaccords de méthode habituels dans ce type d’instance.

Une commission minée par les méthodes

Depuis plusieurs semaines, les auditions s’enchaînent, souvent sous tension. Chefs d’entreprise, figures médiatiques, dirigeants de groupes audiovisuels : tous défilent devant les députés. Mais le climat s’est progressivement durci.

En ligne de mire, la méthode du rapporteur Charles Alloncle, jugée trop offensive par certains membres de la commission. Questions insistantes sur les rémunérations, ton accusatoire, séquences très médiatisées : pour Jérémie Patrier-Leitus, la ligne rouge est franchie.

« Moi je n’aime pas beaucoup les tribunaux politiques, et je n’aime pas la politique spectacle », tranche-t-il. Et d’ajouter : « Faire la transparence, ce n’est pas le voyeurisme. »

Derrière la formule, une critique précise : celle d’une commission qui basculerait du contrôle parlementaire vers la mise en scène politique.

Le point de rupture : la référence à Zola

Le conflit s’est cristallisé autour d’un épisode symbolique. Une Une du magazine L’Incorrect montre Charles Alloncle reprenant la formule « J’accuse », en référence à Émile Zola et à l’affaire Dreyfus.

Pour Jérémie Patrier-Leitus, la comparaison est inacceptable. « Comparer l’audiovisuel public à l’affaire Dreyfus, c’est indécent », affirme-t-il, se disant « choqué et indigné ».

L’attaque est personnelle, mais elle dit aussi l’ampleur du désaccord politique. Là où le rapporteur entend incarner une forme de dénonciation, le président voit une dérive vers la dramatisation.

Une bataille politique en toile de fond

Au-delà des personnes, l’épisode révèle un affrontement plus large. La commission d’enquête, initialement technique, devient un espace de confrontation politique.

Charles Alloncle, proche de la ligne d’Éric Ciotti, est soupçonné par certains de vouloir inscrire ses travaux dans une stratégie plus large à droite. D’où la question posée par Jérémie Patrier-Leitus : « A-t-il envisagé d’être ministre de la Culture de Jordan Bardella ? »

Une phrase qui marque une rupture nette entre les deux hommes et expose publiquement les tensions internes.

Une crédibilité fragilisée malgré un travail conséquent

Malgré ces tensions, le président de la commission refuse de jeter l’ensemble des travaux. « La commission a pu travailler », insiste-t-il, rappelant « 200 heures d’audition ».

Mais le mal est fait. L’image renvoyée est celle d’une commission divisée, où la ligne entre enquête parlementaire et affrontement politique devient floue.

Dans un contexte d’Assemblée fragmentée, où les commissions d’enquête sont devenues des outils centraux du débat public, cet épisode pose une question plus large : jusqu’où peut aller la politisation sans décrédibiliser l’outil lui-même ?

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