L’ambiance était inédite à l’entrée du Salon international de l’agriculture, Porte de Versailles. L’édition 2026 a démarré sans la traditionnelle présence des vaches et des veaux, figures emblématiques de ce rendez-vous annuel, en raison d’une crise sanitaire provoquée par une épidémie de dermatose nodulaire contagieuse qui a touché le cheptel l’an dernier. Les éleveurs, soucieux de protéger la santé de leurs animaux, ont préféré ne pas les exposer cette année. Cette absence a immédiatement jeté une ombre sur l’inauguration.
Face à cette atmosphère particulière, Emmanuel Macron a coupé le ruban d’ouverture peu avant 9 heures sous un important dispositif de sécurité. Mais la réception a été moins enthousiaste qu’à l’accoutumée. Deux syndicats agricoles majeurs, la Confédération paysanne et la Coordination rurale, ont choisi de boycotter sa visite officielle et le traditionnel petit-déjeuner présidentiel avec les organisations professionnelles. Ils reprochent au chef de l’État une gestion jugée trop timide des difficultés structurelles du monde agricole, notamment sur les revenus des agriculteurs, la valorisation des productions et les conséquences d’accords commerciaux internationaux.
Un salon aux allures de manifestation
Les représentants de la Coordination rurale, qui avaient appelé leurs adhérents à se mobiliser, étaient bien présents dans les allées, certains arborant des bonnets jaunes et des pancartes dénonçant la situation. Ils ont exprimé leur colère face à ce qu’ils estiment être le déclin du monde agricole, affirmant que le Salon avait perdu sa vocation première de célébration pour devenir une simple vitrine politique.
La Confédération paysanne, de son côté, a dénoncé ce qu’elle considère comme une absence de remise en cause des politiques sanitaires et économiques qui pèsent sur les éleveurs et les agriculteurs. Elle a affirmé qu’elle ne participerait pas aux événements avec le président, estimant qu’aucun progrès n’a été fait sur les revendications portant sur la protection des exploitations et la régulation des marchés.
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En revanche, les syndicats majoritaires comme la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles et les Jeunes agriculteurs ont décidé de jouer la carte de la convivialité et de rester au salon pour échanger avec les visiteurs et les décideurs. Pour eux, malgré les difficultés, l’événement reste un lieu de dialogue indispensable entre les mondes agricole, politique et économique.
Une absence forte de symboles
L’absence de bovins a particulièrement marqué les esprits. Hall après hall, les visiteurs ont constaté qu’il n’y avait ni Charolais, ni Tarentaise, ni veaux et génisses comme autrefois — une première qui illustre l’ampleur des crises sanitaires qui affectent l’élevage. Seules d’autres espèces comme les ovins, les porcs, les chevaux ou les animaux de compagnie étaient exposées, mais sans les scènes habituelles de concours et de présentations de bovins primés.
Le président de la République a tenté d’atténuer cette absence en rappelant que la France avait vaincu la progression de la maladie bovine et qu’aucun nouveau cas n’avait été déclaré depuis plusieurs semaines. Mais pour de nombreux éleveurs, cette explication ne suffit pas à effacer le malaise ressenti, eux qui ont subi d’importantes pertes et restrictions dans leurs exploitations.
Une crise plus large que le salon
L’ouverture de cette 62e édition s’inscrit dans un contexte plus large de tension et de mécontentement dans le monde agricole français. Depuis plusieurs années, les exploitants font face à une succession de crises — sanitaires, climatiques et économiques — qui ont fragilisé leurs revenus et leurs perspectives d’avenir. Les manifestations, blocages de routes et mobilisations syndicales se multiplient depuis 2024, reflétant un profond sentiment d’abandon ressenti dans de nombreuses campagnes.
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Au-delà des absences symboliques et des boycotts, le Salon 2026 est apparu comme un moment de confrontation entre les attentes de la profession et les réponses apportées par le gouvernement. Les agriculteurs présents n’ont pas manqué de rappeler leur impatience face à ce qu’ils estiment être un manque de réelle vision pour l’avenir du secteur.


