Pédocriminalité dans les écoles à Paris: la colère des parents monte d’un cran

Une cinquantaine de parents se sont rassemblés devant l’Hôtel de Ville pour dénoncer des violences sexuelles dans le périscolaire et exiger des mesures immédiates. Sur fond de révélations en série, la pression s’intensifie sur la mairie à la veille des municipales.

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Sous un soleil encore frais, les cartables s’alignent au sol, posés comme autant de symboles silencieux. Devant l’Hôtel de Ville de Paris, une cinquantaine de parents se sont réunis samedi pour dénoncer des violences sexuelles présumées dans le périscolaire. Peluches, pancartes et slogans esquissent une scène inhabituelle, où l’enfance devient le cœur d’une mobilisation grave.

La veille, trois hommes, dont deux animateurs, ont été interpellés pour des faits d’agressions sexuelles sur douze enfants âgés de 3 à 9 ans, dans plusieurs écoles de la capitale. Une affaire de plus dans une série de signalements qui, depuis des mois, ébranle la confiance des familles.

«Un couloir de la mort» : des parents à bout

«Ils représentent le fardeau que portent nos enfants quand ils sont déposés à l’école chaque matin. Ils se retrouvent dans un couloir de la mort», lance Barka Zerouali, cofondatrice du collectif #MeTooEcole. Autour d’elle, les visages sont fermés, les regards inquiets. Tous racontent une même peur, devenue quotidienne.

Mickael, venu avec ses deux enfants, évoque un climat devenu irrespirable. «J’ai dû avoir avec ma fille des discussions que je n’aurais jamais imaginé avoir à son âge», confie-t-il. Dans son école, un élève a été victime d’une agression. Une situation qui, pour de nombreux parents présents, n’est plus un cas isolé mais le symptôme d’un dysfonctionnement plus large.

Une série de révélations qui fragilise la mairie

Depuis plusieurs mois, les signalements de violences, physiques comme sexuelles, se multiplient dans les structures périscolaires parisiennes. Un reportage de «Cash Investigation», diffusé en janvier, a contribué à amplifier la prise de conscience, en mettant en lumière des défaillances dans le recrutement et le suivi des animateurs.

Face à la polémique, la mairie de Paris a annoncé à l’automne un plan de renforcement, incluant notamment des formations supplémentaires pour les personnels. Mais pour les parents mobilisés, ces mesures restent insuffisantes. «Tous les jours, on nous rapporte de nouveaux faits gravissimes», alerte Barka Zerouali.

«Nous ne serons pas leur caution mais leur obligation»

À la veille du second tour des élections municipales, le rassemblement prend aussi une dimension politique, malgré la volonté affichée de rester «apolitique». «À celui ou celle qui sera élu maire de Paris, nous serons là pour vérifier que les actes suivent les paroles», prévient la cofondatrice du collectif. «Nous ne serons pas leur caution mais leur obligation.»

Derrière elle, une pancarte résume le message : «Protéger les enfants, pas les animateurs». Dans le périmètre sécurisé par les forces de l’ordre, les parents réclament une refonte du système. «Nous voulons que les responsabilités soient nommées, assumées, sanctionnées. Nous voulons que plus jamais personne ne subisse ce que certains des nôtres ont vécu», insiste-t-elle, la voix tremblante.

Une défiance durable envers l’institution

Au-delà de l’émotion, c’est une rupture de confiance qui s’installe. «Et si la prochaine victime était mon enfant ?», glisse une mère, comme une angoisse partagée par tous. Pour ces familles, l’école, censée être un sanctuaire, devient un lieu d’incertitude.

La mobilisation de samedi ne marque sans doute qu’une étape. Porté par des collectifs de parents de plus en plus structurés, le mouvement entend s’inscrire dans la durée. Avec une exigence simple, répétée sur toutes les pancartes : que la protection des enfants devienne une priorité incontestable.

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