Au tribunal correctionnel de Nanterre, l’affaire a ravivé un nom emblématique de la vie politique locale. Mercredi, le parquet a requis une peine de trois ans d’emprisonnement, dont dix-huit mois assortis d’un sursis probatoire, contre Patrick Balkany, jugé pour détournement de fonds publics et prise illégale d’intérêts.
À 77 ans, l’ancien élu, qui a dirigé Levallois-Perret pendant plus de trois décennies, est accusé d’avoir mis en place un dispositif destiné à rémunérer un proche collaborateur via une structure financée par des fonds municipaux. L’audience s’inscrit dans une longue série de procédures judiciaires visant cette figure politique controversée.
« L’argent public, c’est sacré », martèle l’accusation
Lors de son réquisitoire, la procureure Nathalie Foy a dénoncé une « atteinte à la société et à l’Etat » nécessitant une « action ferme ». « L’argent public, c’est sacré », a-t-elle insisté, appelant à une « répression ferme et rigoureuse ».
Outre la peine de prison, le parquet a requis une amende de 350.000 euros, dix ans d’inéligibilité, ainsi qu’une interdiction d’exercer toute fonction publique pendant cinq ans. Une demande calibrée, selon l’accusation, pour tenir compte « de l’âge et de la santé » du prévenu, tout en sanctionnant la gravité des faits.
Au cœur du dossier, les relations entre Patrick Balkany et son ancien directeur du développement économique, Renaud Guillot-Corail, décédé en 2020. L’accusation décrit un système structuré, reposant sur une association subventionnée par la ville, le Codeeil.
Une « association transparente » au service d’un système
Selon le parquet, cette structure aurait permis de contourner les règles de la fonction publique territoriale. Financé à hauteur de 855.000 euros de subventions municipales, le dispositif aurait servi à verser à l’ancien collaborateur un salaire mensuel de plusieurs milliers d’euros, en complément de sa retraite.
La procureure a également évoqué des dépenses sans lien avec une activité réelle, notamment des voyages en première classe vers Cuba, Miami ou Saint-Domingue, pris en charge par l’association. « L’ancien maire a en réalité remercié son collaborateur », a-t-elle résumé, soulignant l’absence de « production intellectuelle » justifiant ces rémunérations.
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Le fonctionnement reposait, selon l’accusation, sur une forme d’« omerta » au sein de l’administration locale, où il n’était « pas facile de dire non » à un élu disposant d’une « autorité naturelle » forte.
La prescription contestée, une infraction jugée continue
La défense a tenté de faire valoir la prescription des faits, estimant que les infractions étaient anciennes. Un argument balayé par le ministère public, qui considère au contraire qu’il s’agit d’une « infraction occulte » s’étant poursuivie jusqu’en 2018.
Dans ce dossier, la justice entend ainsi caractériser la continuité du système mis en place sur plusieurs années. Le jugement, attendu dans les prochaines semaines, dira si les réquisitions du parquet sont suivies.


