Le chiffre est devenu central dans le discours sécuritaire du gouvernement. En 2025, 28.200 refus d’obtempérer ont été enregistrés sur le territoire, soit une augmentation de 11 pour cent par rapport à l’année précédente. Le constat a été dressé mardi 3 février par Laurent Nuñez, au lendemain d’une série d’incidents ayant conduit à des blessures parmi les forces de l’ordre.
Le ministre de l’intérieur s’exprimait sur TF1 après que neuf policiers ont été blessés en vingt quatre heures lors de refus d’obtempérer, notamment à Nantes et en Seine et Marne. Une séquence qui a remis sur le devant de la scène un phénomène déjà ancien, mais dont l’intensité continue d’augmenter.
Des courses poursuites de plus en plus risquées
Laurent Nuñez a également évoqué deux nouveaux refus d’obtempérer survenus dans la nuit de lundi à mardi. Le premier à Saint Cyr l’École, dans les Yvelines, le second entre Toulouse et Carcassonne, avec à la clé une course poursuite longue de 94 kilomètres. Des situations à haut risque, tant pour les forces de l’ordre que pour les usagers de la route.
Pour le ministre, ces épisodes traduisent un climat plus général. Il a estimé qu’il y avait « de moins en moins de respect de l’autorité », soulignant que les refus d’obtempérer ne se limitent plus à des infractions routières banales mais prennent de plus en plus souvent la forme de mises en danger délibérées.
Selon les données du ministère, plus d’un tiers des refus d’obtempérer constatés en 2025 constituaient une mise en danger de la vie d’autrui. Une proportion qui alimente l’inquiétude de l’exécutif et justifie, selon lui, un durcissement assumé de la doctrine d’intervention.
Une doctrine de fermeté assumée
Face à cette tendance, Laurent Nuñez a rappelé les consignes données aux forces de sécurité. Les policiers et les gendarmes ont reçu l’instruction d’engager des poursuites systématiques en cas de refus d’obtempérer. « La réponse sera toujours très ferme », a insisté le ministre, martelant la nécessité de restaurer l’autorité de l’État sur la voie publique.
Cette ligne de fermeté intervient dans un contexte de débats récurrents sur l’usage de la force par les policiers, notamment l’utilisation des armes à feu lors de contrôles routiers. Plusieurs affaires récentes, parfois mortelles, ont relancé les interrogations sur l’équilibre entre sécurité des forces de l’ordre et proportionnalité de la réponse.
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Sans revenir directement sur ces controverses, le ministre de l’intérieur a choisi de mettre en avant la dangerosité croissante des situations auxquelles sont confrontés les agents. En soulignant le nombre de policiers blessés et la part élevée de refus d’obtempérer mettant en danger la vie d’autrui, l’exécutif cherche à légitimer une politique pénale et opérationnelle plus rigoureuse.
Un phénomène durablement installé
La hausse des refus d’obtempérer s’inscrit dans une évolution de long terme observée par les services de sécurité. Si le phénomène reste concentré sur certaines zones urbaines et périurbaines, il touche désormais l’ensemble du territoire, des grandes métropoles aux axes routiers secondaires.
Pour le ministère de l’intérieur, l’enjeu dépasse la statistique. Il s’agit de préserver la sécurité des agents et des citoyens, tout en envoyant un signal clair de fermeté. Reste à savoir si cette stratégie permettra d’enrayer une dynamique qui, année après année, continue de s’installer comme l’un des marqueurs les plus sensibles de la relation entre forces de l’ordre et une partie de la population.


