Il a choisi Courchevel, sa station, comme point de départ de ses adieux. Un symbole pour celui qui y a grandi, skié, gagné, et finalement décidé de s’arrêter. Alexis Pinturault disputera le dernier géant de sa carrière le 24 mars en Norvège, dans le pays de sa mère, refermant une trajectoire rare faite de constance, de polyvalence et d’exigence.
À bientôt 35 ans, le champion savoyard ne se cache pas derrière les mots. « L’idée est de passer à autre chose, c’est le bon moment », confie-t-il, lucide sur l’évolution de son corps et de ses performances. Une décision mûrie depuis plusieurs mois, dans l’ombre des blessures et d’une motivation devenue plus fragile.
Un palmarès hors norme, marque d’un champion total
Trente-quatre victoires en Coupe du monde, soixante-dix-sept podiums, un gros globe de cristal en 2021. Aucun autre Français n’a fait mieux. Alexis Pinturault s’impose comme le skieur tricolore le plus titré de l’histoire, capable de briller dans cinq disciplines différentes. Une rareté dans un sport de plus en plus spécialisé.
Son sacre en 2021 reste le sommet de sa carrière. Cette saison-là, il domine le classement général et met fin à une attente de vingt-quatre ans pour le ski français depuis Luc Alphand. « Le gros globe, c’est le graal du skieur », expliquait-il alors, conscient de la portée de cette consécration.
Mais Pinturault, c’est aussi un palmarès solide en grands championnats. Trois médailles olympiques, dont un argent en combiné en 2018, et surtout plusieurs titres mondiaux, dont celui décroché à domicile à Courchevel en 2023, dans une atmosphère électrique. Une victoire presque parfaite, à quelques mètres de ses racines.
Le combat contre le temps et les blessures
La fin de carrière d’Alexis Pinturault s’est dessinée progressivement. Deux blessures majeures aux genoux, en 2024 puis en 2025, ont profondément affecté sa capacité à rivaliser avec la nouvelle génération. Le corps, longtemps fiable, a fini par céder.
« Si on n’arrive plus à trouver une raison suffisante pour continuer, c’est le moment de tourner la page », reconnaît-il. Une phrase simple, mais lourde de sens pour un athlète habitué à repousser ses limites.
L’échec à se qualifier pour les Jeux olympiques de Milan-Cortina a également pesé dans la balance. Cet objectif constituait le dernier moteur d’une carrière déjà immense. Sans lui, la suite n’avait plus la même évidence.
Un perfectionniste solitaire devenu figure du collectif
Longtemps, Alexis Pinturault a tracé sa route en dehors des cadres traditionnels. Après un passage difficile aux Mondiaux 2017, il fait le choix de créer sa propre structure d’entraînement, en Autriche, pour optimiser sa préparation. Une décision rare, à l’image de son exigence.
« Il faut que tout soit clair et parte de lui », résumait son entourage, décrivant un athlète méthodique, presque obsessionnel dans la recherche de performance.
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Avec les années, le Savoyard s’est pourtant ouvert, retrouvant le collectif de l’équipe de France en fin de carrière, partageant son expérience avec des skieurs plus jeunes. Une évolution qui a contribué à renforcer son image au sein du circuit.
Une trace durable dans l’histoire du ski français
Alexis Pinturault restera comme un trait d’union entre deux époques. Celle dominée par Marcel Hirscher, puis celle marquée par Marco Odermatt. Entre ces deux monstres, le Français a trouvé sa place, au sommet, en 2021.
Il n’aura manqué qu’un titre olympique pour compléter un palmarès presque parfait. Une absence qui ne ternit pas son héritage. Car au-delà des chiffres, Pinturault incarne une certaine idée du ski : rigueur, travail et polyvalence.
« Je pense que j’ai eu une vie de sportif riche, une vie remplie de plaisir et de bonheur », résume-t-il. Une phrase qui dit l’essentiel.
Le 24 mars, en Norvège, Alexis Pinturault s’élancera une dernière fois. Et avec lui, c’est toute une génération du ski français qui tourne une page.


