Il y a des retours qui relèvent du miracle médical. Et d’autres qui tiennent de l’obsession. Celui de Federica Brignone appartient aux deux catégories.
Dimanche, à Cortina d’Ampezzo, la skieuse italienne a remporté le slalom géant olympique, cinq jours après son titre en super G. Une double consécration à domicile, 318 jours après une double fracture à la jambe gauche et une rupture du ligament croisé antérieur qui avaient mis sa carrière entre parenthèses.
De la civière au sommet
Le 3 avril 2025, lors des championnats d’Italie dans le Val di Fassa, Brignone chute lourdement en seconde manche du géant. Diagnostic : fracture complexe du plateau tibial et ligament rompu. « Quand j’ai vu les images, j’ai compris que la route serait longue. Mais je me suis dit que ce ne serait pas la fin », confiera-t-elle plus tard.
Opérée en urgence à Milan, elle entame une rééducation intense à Turin, au centre médical de la Juventus. « Les médecins me parlaient en mois. Moi, je pensais en jours », raconte-t-elle aujourd’hui. « Chaque matin, je me levais avec une seule idée : revenir pour ces Jeux. »
À l’été, une nouvelle arthroscopie vient compliquer le calendrier. En octobre encore, elle admet publiquement ne pas savoir si elle pourra recourir. « Je n’avais aucune certitude. Juste une envie immense. »
Le pari fou d’un retour express
Le 26 novembre, elle rechausse enfin les skis à Cervinia. Un simple entraînement avec du matériel grand public, presque symbolique. En janvier, elle s’aligne sur un géant de Coupe du monde à Kronplatz et termine sixième. « À ce moment-là, j’ai compris que je pouvais me battre », explique-t-elle.
Désignée porte drapeau par le Comité olympique italien, Brignone arrive aux Jeux avec une jambe encore douloureuse. « Je ne suis pas à cent pour cent. Je lutte tous les jours », lâche-t-elle à la veille de la descente.
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Mais le 10 février, en super G, elle surprend le plateau mondial et s’offre l’or. « Je n’ai jamais skié avec autant de liberté. Je n’avais rien à perdre », assure-t-elle. Dimanche, elle confirme en slalom géant, sa discipline de prédilection.
« Je voulais écrire ma propre fin »
À 35 ans, elle devient l’une des plus âgées championnes olympiques du ski alpin. Une revanche sur le temps et sur les doutes. « Beaucoup pensaient que je reviendrais pour participer, pas pour gagner », sourit-elle. « Moi, je voulais écrire ma propre fin. »
Son frère et entraîneur Davide, présent lors de sa chute l’an dernier, peine à contenir son émotion. « Je l’ai vue à l’hôpital, incapable de bouger la jambe. La voir aujourd’hui au sommet, c’est irréel. »
Dans les tribunes de Cortina, le public italien a vibré pour celle qu’il surnomme « Fede ». « Ces Jeux à la maison, je ne pouvais pas les laisser passer », insiste la championne.
Une renaissance en or
Au delà des médailles, c’est le symbole qui marque. Dix mois après la pire blessure de sa carrière, Federica Brignone a transformé une course contre la montre en épopée olympique.
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« La douleur m’a appris la patience. La peur m’a appris le courage. Et ces Jeux m’ont rappelé pourquoi j’aime ce sport », confie-t-elle.
À Cortina, l’Italienne n’a pas seulement remporté deux titres. Elle a signé l’un des retours les plus spectaculaires de l’histoire récente du ski alpin.


