À l’ombre du Stelvio, la scène a longtemps semblé irréelle. Lundi 16 février, le slalom olympique des Jeux de Milan Cortina a basculé dans le chaos et la frustration, pendant que la Suisse écrivait l’une des plus belles pages de son histoire alpine. En Lombardie, les tribunes rouges et blanches ont célébré un triomphe total, quand les Bleus quittaient la piste la tête basse.
Le Norvégien Atle Lie McGrath, leader après la première manche, a lui aussi tout perdu en quelques portes. Furieux, il a jeté ses bâtons avant de traverser la piste à pied, puis de s’allonger à l’orée de la forêt, incapable d’accepter la faute qui venait d’anéantir ses espoirs. Pendant ce temps, Loïc Meillard savourait son sacre.
La razzia suisse sur le Stelvio
Le Neuchâtelois a décroché l’or olympique en slalom, après avoir déjà conquis l’argent dans le combiné par équipes et en slalom géant. Un an jour pour jour après son titre mondial dans la discipline, il confirme son statut de patron technique du circuit. Sur le podium, il devance l’Autrichien Fabio Gstrein et le Norvégien Henrik Kristoffersen.
La performance dépasse le simple exploit individuel. Portée par l’insatiable Franjo von Allmen, la délégation helvète a remporté tous les titres masculins disputés à Bormio. Une domination rare à ce niveau, qui souligne la profondeur de l’effectif suisse et sa régularité sur l’ensemble des disciplines techniques et de vitesse.
À quelques centaines de kilomètres, à Cortina d’Ampezzo, les épreuves féminines se poursuivent, mais côté masculin, la messe est dite. La Suisse a transformé ces Jeux en démonstration collective.
La désillusion tricolore
Pour l’équipe de France, le scénario a tourné court dès la première manche. Paco Rassat, révélation de l’hiver avec trois podiums en Coupe du monde dont deux victoires, a enfourché dès le début du tracé. Parti avec le dossard 3, il incarnait l’un des espoirs de médaille.
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Champion olympique en titre, Clément Noël a d’abord limité la casse en terminant septième de la première manche, à près de deux secondes du leader. Il promettait de « se battre à la deuxième manche » et d’attaquer pour remonter. Mais l’espoir a été balayé dès les premières portes de l’après midi : le Vosgien est parti à la faute.
« Quand on passe à côté à ce point là, on a beaucoup de déception. Ce sont les Jeux olympiques, une course sur laquelle on rêve de briller. Aujourd’hui, je n’ai pas fait rêver grand monde », a reconnu le chef de file tricolore, lucide. « Il y avait un coup à jouer. Il aurait fallu une énorme manche, évidemment, mais au moins montrer du beau ski, essayer de remonter au panache. C’est important, le panache. Et là, il n’y a rien. »
Seul Steven Amiez, fils du vice champion olympique de 2002 Sébastien Amiez, a vu l’arrivée des deux manches. Mais relégué à plus de quatre secondes le matin, il a terminé dix huitième, meilleur Français d’une course qui devait relancer la délégation.
Un bilan en deçà des ambitions
Arrivés à Milan Cortina avec des ambitions élevées, les Bleus quittent la Lombardie sans la moindre médaille masculine en ski alpin. Le combiné par équipes s’était conclu par une cinquième place. En super G, Nils Allègre avait échoué à trois centièmes du bronze, un écart cruel. Seule Romane Miradoli, en argent dans le super G à Cortina, sauve l’honneur du camp tricolore.
« Sur le slalom aujourd’hui, tout le monde est très déçu, c’était une date qu’on avait cochée », a admis le directeur des équipes de France, David Chastan. Il défend toutefois la préparation, estimant que les Français étaient au niveau des Suisses, et promet une analyse à froid dans les prochaines semaines.
Pour Clément Noël, l’heure est déjà à la remobilisation. « Quand on me voit skier, on aurait dit que j’étais un rookie qui faisait ses premiers Jeux olympiques, avec beaucoup d’erreurs. Alors que de l’expérience, j’en ai : ce sont mes troisièmes Jeux », a-t-il souligné.
La Coupe du monde reprend début mars à Kranjska Gora. Objectif : se relancer dans la quête du petit globe de slalom et tenter d’effacer l’amertume d’un rendez vous olympique manqué.


