À Anterselva, au cœur du Tyrol du Sud, l’accent de Maxime Germain ne passe pas inaperçu. Sous la combinaison de Team USA, le biathlète de 24 ans conserve une musicalité bien française. Né en Alaska, élevé à Chamonix où vit toujours sa famille, il incarne une trajectoire singulière au sein du biathlon mondial.
Médaillé de bronze du sprint aux Mondiaux juniors en 2023, désormais engagé sur le relais masculin des Jeux de Milan Cortina 2026, il découvre l’arène olympique avec une lucidité désarmante. Derrière les anneaux, le sportif avance entre fierté nationale, fidélité intime et contraintes institutionnelles.
« Je me sens français »
Interrogé à l’issue d’un sprint frustrant, terminé loin du podium, Maxime Germain ne masque pas son attachement à ses racines. « Je suis quand même très fier d’être français, je me sens français, ma famille est française. Je connais mieux la Marseillaise que l’hymne américain », confie t il.
Lorsque retentit l’hymne tricolore pour célébrer un titre olympique de Quentin Fillon Maillet, il admet ressentir un pincement. « Quand je vois que les Français sont sur un podium, je suis content pour eux. J’aimerais bien être dans leur équipe. »
Sous la bannière étoilée, le biathlète assure pourtant représenter pleinement son pays d’adoption. « Sur des Jeux olympiques, tu représentes le drapeau que tu portes. » Un équilibre délicat, assumé sans provocation.
Sous contrat avec l’armée américaine
La question politique, en revanche, révèle des lignes de tension plus nettes. Engagé dans la garde nationale américaine, Maxime Germain se trouve juridiquement contraint au silence. « Vu que je suis sous contrat avec l’armée américaine, je n’ai pas le droit d’exprimer une opinion politique », explique t il.
Aux États Unis, plusieurs athlètes ont publiquement critiqué l’administration de Donald Trump. Le Comité olympique américain a adressé un message de soutien aux sportifs, promettant un appui « quelle que soit leur prise de position politique ».
Maxime Germain observe ces prises de parole avec une certaine admiration. « Je trouve que les prises de position d’athlètes américains ont été très courageuses. Surtout avec la réaction du président derrière. C’était osé, très osé… »
Lui, en revanche, reste contraint. « J’aimerais vraiment prendre la parole sur ce sujet mais je ne peux pas le faire. » Une frustration perceptible derrière le sourire.
Des Jeux presque ordinaires
Sur le plan sportif, le Franco Américain participe à une saison encourageante pour le biathlon américain, avec plusieurs relais classés dans le Top 5 en Coupe du monde. Pourtant, à Anterselva, l’atmosphère olympique lui paraît relative.
« On est un peu bloqués ici. Quand on m’interroge sur cette idée d’expérience olympique, j’avoue que je n’ai vraiment pas l’impression d’être aux Jeux. On est tous les ans ici en Coupe du monde, c’est la même course. »
La différence se niche ailleurs. « C’est juste un peu différent parce qu’il y a du stress et que je dors un peu moins. »


