JO 2026 : Timothy Loubineaud, quatrième du 10 000 m, au pied du rêve

Le patineur français a terminé quatrième du 10 000 m à Milan, à moins de quatre secondes du bronze. Après sa cinquième place sur 5 000 m, Timothy Loubineaud quitte l’épreuve individuelle avec un goût d’inachevé, malgré une saison exceptionnelle.

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Timothy Loubineaud a échoué au pied du podium ce vendredi. (B.Papon/L'Equipe)
Timothy Loubineaud a échoué au pied du podium ce vendredi. (B.Papon/L'Equipe)

Le visage crispé, les jambes brûlantes, Timothy Loubineaud a tout donné sur l’anneau milanais. Vendredi 13 février, le Girondin de 29 ans a bouclé les vingt cinq tours du 10 000 m en 12 min 44 s 20. Un chrono solide, mais insuffisant pour monter sur le podium olympique.

Le titre est revenu au Tchèque Metodej Jilek en 12 min 33 s 43, devant le Polonais Vladimir Semirunniy et le Néerlandais Jorrit Bergsma. Loubineaud termine quatrième, à moins de quatre secondes du bronze. Un écart infime sur une distance où chaque virage ronge les muscles et l’esprit.

« Je n’étais pas assez fort »

Quelques jours plus tôt, le Français avait déjà échoué à la cinquième place sur 5 000 m, battu notamment par le Norvégien Sander Eitrem, champion olympique de la distance. Il espérait se racheter sur le 10 000 m, la plus longue épreuve du programme, réservée aux douze meilleurs spécialistes mondiaux.

À l’arrivée, la déception était visible. « C’est dur, c’est comme ça, c’est la loi du sport. Je n’étais pas assez fort. J’ai donné ce que j’avais à donner, j’ai fait du mieux que je pouvais. Aujourd’hui je fais quatrième, c’est comme ça », a confié Timothy Loubineaud au micro de France Télévisions.

Sa frustration tient d’autant plus à la régularité affichée tout au long de la saison. « J’ai été régulier toute la saison, je suis monté sur les podiums tous les week ends mais pas aujourd’hui », regrettait il. Avant les Jeux, il détenait même le record du monde du 5 000 m, brièvement subtilisé par Sander Eitrem à l’approche de l’échéance olympique.

Un leader malgré tout

Au sein de la délégation tricolore, Loubineaud est devenu une référence. « Les résultats de Timothy nous tirent vers le haut. On a tous envie de faire briller les couleurs de l’équipe de France », expliquait Mathieu Belloir en janvier. « Pour moi, il est surtout comme un grand frère. Il m’a prise sous son aile l’an dernier quand je suis arrivée sur la glace », confiait la jeune Violette Braun, dix neuvième du 3 000 m pour ses débuts olympiques.

L’entraîneur national Alain Nègre résume la dualité du patineur : « Il est dans l’émotion. » Derrière la carapace du bourreau de travail se cache un athlète marqué par une adolescence tourmentée.

De Gujan Mestras à Heerenveen

Né en Gironde, Timothy Loubineaud découvre le roller à cinq ans. L’anneau de Gujan Mestras devient son refuge. À douze ans, il intègre le pôle France de Talence. Une poussée de croissance l’éloigne brutalement de la compétition. Cloué à l’hôpital, il se promet de revenir plus fort.

Il collectionne ensuite les titres européens en roller avant de basculer sur la glace en 2017, avec un objectif clair : les Jeux olympiques. Faute d’anneau en France, il s’exile aux Pays Bas, à Heerenveen, temple mondial du patinage de vitesse. Les Jeux de Pékin en 2022 lui échappent pour une seconde. Il rejoint ensuite Berlin, où il travaille avec Alexis Contin, ancien quatrième des Jeux de Vancouver devenu entraîneur.

« J’ai mis tout ce que j’aime de côté »

Sa progression repose sur un volume d’entraînement hors norme. Jusqu’à douze heures par jour entre vélo, patinage et musculation. « Pour en arriver là où je suis, j’ai pris tous les risques possibles, j’ai mis tout ce que j’aime de côté », confie t il. « Je n’ai pas de limite. Ce qu’il y a de plus important, c’est la quantité d’entraînement que je peux avaler dans une journée. »

Alain Nègre observe chez lui une capacité rare à supporter la charge. « Il est capable d’endurer des charges d’entraînement très élevées, c’est sa force. Mais il a aussi besoin de cette souffrance pour exister. » Loubineaud acquiesce : « J’ai tellement douté que je me suis réfugié dans une quantité de travail exceptionnelle. Je ne sais pas comment me sentir mieux qu’en ressentant énormément de douleur. »

Les anneaux olympiques, assure t il, ne l’ont « jamais fait rêver ». Ce qui le motive, c’est autre chose : « La seule chose qui m’intéresse, c’est d’être le plus fort. »

Deux dernières cartouches

À Milan, le Français promettait avant les Jeux de « prendre des risques ». « J’ai toujours été friand, comme au poker, de faire tapis, de tenter le tout pour le tout. Pour gagner l’or, ou rien. »

Il lui reste encore la poursuite par équipes et la mass start pour transformer l’amertume en médaille. Deux dernières occasions de faire tapis sur la glace milanaise.

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Après des études en Affaires Publiques et à HEC Montréal, Timothé devient journaliste pigiste. Il collabore avec de nombreux médias français depuis Montréal.
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