La première place est sauve, mais la base s’effrite. À l’issue des élections législatives organisées mardi, les sociaux-démocrates de Mette Frederiksen restent la première force politique du Danemark. Une position fragile, tant le recul électoral est marqué et complique la formation d’une majorité.
Avec 21,9 % des voix, la cheffe du gouvernement sortant signe le plus mauvais résultat de son parti depuis plus d’un siècle. Le bloc de gauche, qui regroupe plusieurs formations, ne parvient pas à franchir le seuil des 90 sièges nécessaires pour gouverner seul au Parlement. Il en totalise 84 sur 179, dans un contexte de participation élevée, à 84 %.
« Nous nous attendions à reculer », a reconnu Mette Frederiksen, se disant néanmoins « prête à assumer » un nouveau mandat à la tête du pays.
Une gauche divisée et une nouvelle hiérarchie
Si les sociaux-démocrates conservent la première place, la dynamique à gauche profite surtout à d’autres forces. Le Parti populaire socialiste réalise une percée inédite et s’impose comme la deuxième formation du pays, avec 11,6 % des suffrages.
Sa dirigeante, Pia Olsen Dyhr, pose d’emblée ses conditions. « Nous devons garantir l’Etat providence et engager une transition écologique », a-t-elle affirmé, prévenant que son parti pourrait rester dans l’opposition en cas de désaccord sur ces priorités.
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Ce repositionnement redessine les équilibres internes à la gauche danoise, où la question sociale et environnementale s’impose comme ligne de fracture. Il affaiblit en creux la capacité de Mette Frederiksen à rassembler un bloc cohérent autour de son leadership.
L’extrême droite en net regain, le centre en arbitre
Face à cette gauche fragmentée, la droite et l’extrême droite consolident leurs positions. Ensemble, elles obtiennent 77 sièges, portées notamment par le rebond du Parti populaire danois, formation anti-immigration qui triple son score et atteint 9,1 % des voix.
Son dirigeant, Morten Messerschmidt, s’est félicité d’« une expression remarquable du soutien du peuple danois », saluant plus largement la progression de ces forces à l’échelle européenne.
Dans ce paysage éclaté, le centre apparaît comme l’acteur clé. Les Modérés, menés par Lars Løkke Rasmussen, décrochent 14 sièges et deviennent incontournables dans les négociations à venir. « Venez nous rejoindre. Nous sommes au centre », a lancé le chef de la diplomatie danoise, appelant à dépasser les logiques de blocs.
Le Parti libéral, ancien partenaire de coalition, ferme quant à lui la porte à une reconduction de l’alliance sortante avec la gauche, évoquant plutôt l’option d’un gouvernement de centre droit ou un passage dans l’opposition.
Coût de la vie, immigration et modèle social au cœur du vote
Dans ce pays de six millions d’habitants, réputé pour son niveau de vie élevé, la campagne s’est concentrée sur des enjeux très domestiques. Le pouvoir d’achat, la défense de l’Etat providence et les politiques environnementales ont structuré les débats.
L’agriculture intensive, notamment l’élevage porcin, a cristallisé les tensions entre impératifs économiques et exigences écologiques. L’immigration, thème structurant de la vie politique danoise depuis plusieurs décennies, a également occupé une place centrale, y compris dans le discours des sociaux-démocrates, favorables à un durcissement des règles.
À ces enjeux nationaux s’ajoute une dimension territoriale. Le Groenland et les îles Féroé, territoires autonomes disposant chacun de représentants au Parlement, ont participé activement au scrutin, soulignant l’importance stratégique de ces régions dans les équilibres politiques du royaume.


