Perquisition à la mairie de Paris : un marché à 1,5 million d’euros dans le viseur de la justice

Une enquête pour favoritisme vise l’attribution d’un contrat lié à la commémoration du 13 novembre 2015. La justice financière s’intéresse aux conditions dans lesquelles ce marché public a été accordé.

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La séquence intervient à un moment politique sensible. Deux jours seulement après l’installation de Emmanuel Grégoire à la tête de la capitale, la mairie de Paris a fait l’objet d’une perquisition menée par la gendarmerie, sur commission du Parquet national financier.

Au cœur de l’enquête : un marché public de 1,5 million d’euros portant sur la direction artistique de la cérémonie de commémoration des dix ans des attentats du Attentats du 13 novembre 2015. Ce contrat, attribué à la société TRE Conseil, suscite des interrogations sur sa conformité aux règles de la commande publique.

Une enquête pour favoritisme déclenchée en février

Les investigations ont été ouvertes le 6 février 2026 par le PNF pour des soupçons de « favoritisme », « recel de favoritisme » et « prise illégale d’intérêt ». Selon le procureur Pascal Prache, des « opérations de perquisition dans divers lieux, dont notamment la mairie de la ville de Paris, ont eu lieu ».

À l’origine de la procédure, un signalement émanant de la police judiciaire parisienne. Les enquêteurs cherchent à déterminer si l’attribution du marché a respecté les principes fondamentaux de la commande publique, notamment la mise en concurrence et la transparence.

La Ville de Paris assure de son côté avoir « pleinement coopéré » avec les enquêteurs et avoir transmis « l’ensemble des documents et justificatifs demandés ».

Un contrat lié à une cérémonie hautement symbolique

Le marché litigieux concerne l’organisation artistique de la commémoration des attentats de 2015, qui avaient fait 132 morts et profondément marqué la société française. L’événement, organisé en novembre dernier, visait à centraliser les hommages en un lieu unique, près de l’Hôtel de Ville.

La direction artistique avait été confiée à une société liée à Thierry Reboul, déjà connu pour avoir orchestré les cérémonies des Jeux olympiques de Paris 2024.

Avant la cérémonie, Anne Hidalgo expliquait : « Nous avons souhaité cette année qu’une cérémonie englobe les commémorations traditionnelles (…) pour montrer que Paris n’est pas une ville comme les autres et se relève toujours ».

Entre émotion collective et soupçons juridiques

La cérémonie avait été marquée par une forte dimension musicale et symbolique : cloches de Notre-Dame de Paris, hommage des survivants, performances artistiques et lecture des noms des victimes.

Mais derrière cette mise en scène, c’est désormais la régularité du processus d’attribution qui est questionnée. Le montant du contrat, 1,5 million d’euros, et les liens entre certains acteurs attirent l’attention de la justice financière.

Dans ce type de dossier, les infractions de favoritisme peuvent être constituées dès lors qu’un marché public est attribué sans respect strict des règles de concurrence, même en l’absence d’enrichissement personnel.

Une affaire à forts enjeux politiques

Cette perquisition intervient dans un contexte de transition à la tête de la mairie, ce qui lui confère une résonance particulière. Si aucune mise en cause individuelle n’est à ce stade annoncée, l’enquête pourrait fragiliser l’exécutif parisien.

Elle s’inscrit aussi dans une vigilance accrue autour de l’utilisation des fonds publics dans les grandes collectivités, notamment sur des événements à forte visibilité.

Les investigations se poursuivent désormais pour déterminer si des irrégularités ont été commises dans l’attribution de ce marché sensible, à la croisée de l’hommage national et de la commande publique.

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