Électrification : le pari risqué du gouvernement pour sortir des énergies fossiles

En misant sur l’électricité pour remplacer massivement le gaz et le pétrole, l’exécutif dévoile une stratégie de long terme. Entre promesses d’économies, transformation des territoires et défis industriels, le plan suscite autant d’attentes que d’interrogations.

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Le cap est désormais assumé. Face à une crise énergétique qui s’installe, le gouvernement de Sébastien Lecornu engage une transformation radicale : remplacer progressivement les usages du gaz et du pétrole par de l’électricité, jugée plus maîtrisable car produite en grande partie sur le territoire. L’objectif est chiffré : faire tomber la part des énergies fossiles de 60 % aujourd’hui à 40 % en 2030, puis sous les 30 % en 2035.

« Ne plus dépendre du prix du fioul ou du gaz pour celui de la baguette, mais de celui de l’électricité », résume le cabinet de Serge Papin. Derrière la formule, une bascule industrielle et sociétale d’ampleur, qui suppose de transformer à la fois les logements, les transports et les outils de production.

Des gains promis… mais différés

Pour emporter l’adhésion, l’exécutif met en avant les économies potentielles. Selon le ministère de l’Énergie, dirigé par Maud Bregeon, un ménage combinant voiture électrique et pompe à chaleur pourrait réduire sa facture annuelle de 1 200 à 4 485 euros selon les configurations.

Dans cette logique, les dispositifs existants sont ajustés. Le leasing social pour les véhicules électriques est élargi aux gros rouleurs, tandis que les aides aux pompes à chaleur sont renforcées. En parallèle, certaines rénovations ne pourront plus être subventionnées si elles maintiennent un chauffage au gaz, signe d’une volonté de rupture nette.

Mais ces gains restent conditionnés à des investissements lourds, et donc différés. À court terme, peu de mesures viennent amortir la hausse des coûts énergétiques, ce qui alimente déjà les inquiétudes.

La fin programmée du gaz dans certains territoires

C’est la mesure la plus structurante du plan : la création de 100 « territoires électriques ». Dans ces zones, les réseaux de gaz seront progressivement arrêtés afin de basculer vers un système entièrement électrique.

Le raisonnement est économique. Maintenir deux réseaux parallèles devient de plus en plus coûteux à mesure que les usages du gaz reculent. À terme, ce sont les derniers abonnés qui en supporteraient le poids. Aujourd’hui déjà, le réseau représente environ un tiers de la facture d’électricité.

Cette stratégie repose sur un pari : la capacité du système électrique français à absorber ces nouveaux usages. L’exécutif estime cette marge suffisante, en s’appuyant sur une production jugée abondante et relativement compétitive.

Boulangers, PME : une transition au concret

Au-delà des annonces globales, le plan descend dans le détail des métiers. Les artisans, et notamment les boulangers, sont directement visés. Le remplacement des fours à gaz par des équipements électriques devient un symbole de cette transition.

Une enveloppe de 16 millions d’euros est prévue pour accompagner ces investissements, complétée par un prêt spécifique de Bpifrance. Mais le frein n’est pas uniquement financier.

« Les défis pour électrifier les PME, les artisans, ne sont pas que techniques. Il faut aussi convaincre, changer les habitudes », souligne Raphaël Schellenberger. Dans certains secteurs, la réticence est forte, notamment sur la qualité des procédés, comme la cuisson dans l’agroalimentaire.

Agriculture et pêche : des ambitions encore fragiles

Le monde agricole reste en retrait dans cette dynamique. Le gouvernement prévoit un nouveau volet de soutien de 10 millions d’euros pour encourager l’achat d’engins électriques et le déploiement de bornes de recharge. Mais l’offre industrielle demeure embryonnaire.

Même flou du côté de la pêche, avec un objectif de 500 navires électriques d’ici 2030, sans feuille de route détaillée. Les serres maraîchères apparaissent en revanche comme un levier plus immédiat, via le remplacement du gaz par des pompes à chaleur.

Au-delà des usages, l’exécutif met en avant un enjeu industriel. Près de 600 000 salariés travaillent dans des secteurs susceptibles de bénéficier de cette électrification, répartis dans une cinquantaine de sites.

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