La crispation est montée d’un cran au sein de l’Alliance atlantique. Interrogée vendredi à Nicosie, Giorgia Meloni a tenté de calmer le jeu : « Je pense que l’Otan doit rester unie. C’est un atout dont nous disposons ». Une prise de parole qui intervient alors que des informations de presse évoquent des mesures de rétorsion américaines visant l’Espagne.
En toile de fond, un différend stratégique avec Washington, alimenté par la position espagnole sur le conflit impliquant l’Iran et par son refus d’augmenter fortement ses dépenses militaires.
Des menaces américaines sans base juridique claire
Selon plusieurs médias, les États-Unis envisageraient de suspendre l’Espagne de certaines fonctions au sein de Organisation du traité de l’Atlantique Nord. Une option politiquement sensible, et juridiquement incertaine : le traité de 1949 ne prévoit ni suspension ni exclusion d’un État membre.
La pression s’exerce donc de manière indirecte. Le président américain Donald Trump reproche à Madrid son refus d’alignement sur plusieurs dossiers clés. L’Espagne s’est opposée à l’offensive menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran depuis fin février. Elle a également refusé l’utilisation de bases militaires situées en Andalousie pour des opérations aériennes.
À ces désaccords militaires s’ajoute une menace commerciale. Donald Trump a évoqué la possibilité de « cesser tout commerce » avec l’Espagne, signe d’une escalade qui dépasse le seul cadre de l’OTAN.
Le bras de fer sur les dépenses militaires
Autre point de friction majeur : l’effort budgétaire. Lors du dernier sommet de l’Alliance à La Haye, les alliés se sont accordés sur un objectif ambitieux : porter les dépenses de sécurité à 5 % du PIB d’ici 2035, dont 3,5 % pour les seules dépenses militaires.
Madrid conteste cette trajectoire. Le chef du gouvernement Pedro Sánchez estime pouvoir atteindre les objectifs capacitaires fixés par l’OTAN avec un budget limité à 2 % du PIB. « L’Espagne est un partenaire fiable au sein de l’Otan et nous remplissons nos obligations envers l’Alliance », a-t-il assuré vendredi, ajoutant : « Donc, pas d’inquiétude ».
À LIRE AUSSI : Soupçons d’espionnage : Bruxelles s’inquiète d’un possible relais hongrois au profit de Moscou
Ce différentiel de vision alimente une tension ancienne entre Washington et plusieurs capitales européennes, sur fond de partage du fardeau militaire.
Une fracture politique au sein de l’Alliance
Au-delà du cas espagnol, l’épisode révèle des divergences plus profondes. L’OTAN reste structurée autour d’un principe de solidarité, mais les positions nationales se fragmentent face aux crises internationales.
En appelant à « rester unie », Giorgia Meloni se pose en garante d’un équilibre fragile. Car si aucune procédure formelle ne permet d’écarter un membre, la mise à l’écart politique ou opérationnelle constitue un levier de pression bien réel.


