Les négociations menées ce week-end à Islamabad entre Washington et Téhéran se sont soldées par un échec, mais elles ont aussi fait émerger un changement de ton américain. Selon plusieurs médias américains, les États-Unis n’exigent plus, dans cette phase, l’abandon définitif du programme nucléaire iranien, mais un gel de vingt ans de l’enrichissement d’uranium.
En face, l’Iran a répondu par une proposition nettement plus courte, évoquant une suspension de cinq ans. Cet écart, en apparence technique, révèle un désaccord profond sur la nature même du programme nucléaire iranien, que Téhéran continue de présenter comme strictement civil.
Vingt ans de pause ou cinq ans de répit : derrière les chiffres, une bataille de souveraineté
La proposition américaine marque une inflexion. Pendant des mois, Donald Trump avait martelé une exigence claire : empêcher définitivement l’Iran de se doter de l’arme nucléaire. Le moratoire de vingt ans apparaît comme une version plus pragmatique, sans renoncer à l’objectif stratégique.
Pour Téhéran, la logique est tout autre. Accepter un gel aussi long reviendrait à reconnaître une limitation durable de son droit à développer un programme nucléaire civil. Or les autorités iraniennes répètent depuis des années que ce droit est non négociable, dans le cadre du Traité de non-prolifération.
« Des lignes rouges claires » : Washington durcit le ton malgré l’ouverture
À l’issue des discussions, le vice-président J. D. Vance a insisté sur les exigences américaines, affirmant que les États-Unis avaient posé « des lignes rouges claires ». Une formule qui souligne la volonté de Washington de maintenir une pression maximale malgré cette tentative d’assouplissement.
Le responsable américain a également rappelé l’enjeu central : « C’est une chose que les Iraniens affirment qu’ils ne se doteront pas de l’arme nucléaire, mais c’en est une autre de mettre en place les mécanismes pour garantir que cela ne se produira pas. » Derrière cette déclaration, c’est toute la question des inspections, des contrôles et de la vérification qui reste en suspens.
Le vrai verrou : des centaines de kilos d’uranium déjà enrichi
Au-delà de la durée du moratoire, le cœur du problème reste ailleurs. Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique, l’Iran disposait récemment de plus de 400 kilos d’uranium enrichi à 60 %, un niveau proche du seuil militaire.
Ce stock constitue la principale inquiétude des Occidentaux et d’Israël. Le premier ministre Benyamin Netanyahou l’a rappelé en évoquant « la question centrale » : le retrait complet de cet uranium hautement enrichi et la garantie qu’aucune activité d’enrichissement ne reprenne « dans les années à venir, voire les décennies à venir ».
L’ombre de l’accord de 2015, toujours au cœur des négociations
Ce retour à l’idée d’un encadrement dans le temps rappelle inévitablement l’accord de 2015, dont les États-Unis s’étaient retirés en 2018 sous l’impulsion de Donald Trump. À l’époque, le texte limitait strictement l’enrichissement iranien en échange d’une levée progressive des sanctions.
Aujourd’hui, la situation est plus complexe. L’Iran a repris et accéléré ses activités nucléaires depuis la fin de cet accord, tandis que la confiance entre les parties s’est largement érodée. Toute tentative de compromis doit désormais intégrer cette réalité, avec des mécanismes de contrôle bien plus stricts.
Entre pression militaire et concessions diplomatiques, une stratégie à double face
Les discussions interviennent dans un contexte de guerre ouverte depuis la fin février, marquée notamment par les tensions autour du détroit d’Ormuz. Washington alterne entre pression militaire et ouverture diplomatique, espérant forcer Téhéran à céder sur le nucléaire.
Dans le même temps, la Russie s’est dite prête à accueillir sur son sol de l’uranium enrichi iranien dans le cadre d’un éventuel accord, une option qui pourrait offrir une issue technique mais complexifie encore le jeu diplomatique, en introduisant un acteur supplémentaire dans une négociation déjà extrêmement fragile.


