Une publication sur X, restée en ligne moins d'une journée, pourrait coûter deux ans d'inéligibilité à Rima Hassan. Mardi 20 octobre, le parquet de Paris a requis cette peine, assortie de dix mois de prison avec sursis, contre l'eurodéputée de La France insoumise, poursuivie pour apologie du terrorisme. Au cœur des débats, un message publié le 26 mars dernier, dans lequel l'élue de 34 ans reprenait une citation attribuée à Kozo Okamoto, ancien membre de l'Armée rouge japonaise.
Le nom de ce militant est associé au massacre de l'aéroport de Lod, près de Tel-Aviv, le 30 mai 1972. Trois assaillants, agissant pour le compte du Front populaire de libération de la Palestine, avaient ouvert le feu sur les voyageurs, tuant 26 personnes et en blessant plus de 80. Dans son message, accompagné d'une photographie montrant Kozo Okamoto porté en triomphe lors de sa libération en 1985, Rima Hassan relayait cette phrase : « J'ai consacré ma jeunesse à la cause palestinienne. Tant qu'il y aura oppression, la résistance ne sera pas seulement un droit, mais un devoir. »
« Une vision héroïsée » d'un homme responsable de 26 morts
Pour le ministère public, la présentation de cette citation ne laisse guère de place à une lecture purement historique. La procureure y voit une « vision héroïsée » de Kozo Okamoto, « en complet décalage avec ce qu'a été Okamoto : un tueur ». Le message, consulté près de 253 000 fois en dix-huit heures, ne comportait, selon elle, aucune prise de distance avec l'attentat.
« Ce n'est pas le procès du conflit israélo-palestinien », a insisté la magistrate, rappelant que l'engagement pour la cause palestinienne « ne peut pas servir de totem d'immunité ». Le parquet reproche également à Rima Hassan de n'avoir exprimé aucun regret pendant la procédure.
L'enquête avait été ouverte à l'initiative du pôle national de lutte contre la haine en ligne. L'eurodéputée avait supprimé son message avant d'être placée en garde à vue le 2 avril.
Une procédure que la défense juge politique
Son avocat, Vincent Brengarth, dénonce au contraire une instrumentalisation de la justice. « On cherche à travers ce procès à obtenir une condamnation politique », a-t-il affirmé, estimant que l'inéligibilité demandée vise à « disqualifier politiquement » sa cliente.
La défense conteste aussi les méthodes employées pendant l'enquête, notamment la géolocalisation de l'élue pendant trois mois et le recours à une procédure de flagrance. Vincent Brengarth soutient que son immunité parlementaire aurait dû être prise en compte et demande la relaxe.
L'avocat avance également un argument juridique : le terrorisme n'étant pas défini comme une catégorie pénale en 1972, les faits évoqués dans la publication ne pourraient, selon lui, être assimilés au délit poursuivi. Une interprétation rejetée par l'accusation.
Jean-Luc Mélenchon dénonce un abus de pouvoir
L'audience des 19 et 20 octobre a été marquée par de vives tensions entre la défense et plusieurs associations parties civiles, dont la Licra. Des échanges particulièrement houleux ont provoqué plusieurs suspensions de séance.
À l'annonce des réquisitions, Jean-Luc Mélenchon a immédiatement pris la défense de l'eurodéputée. Sur X, le dirigeant insoumis a accusé le pouvoir d'abus et de « servilité devant les demandes de Nétanyahou », établissant un lien politique entre les poursuites et les positions de Rima Hassan sur Gaza.
La députée européenne, élue en juin 2024, est devenue l'une des principales voix du mouvement propalestinien en France. Son activité sur les réseaux sociaux lui vaut de nombreuses plaintes et signalements, dont plusieurs procédures ont été classées sans suite.
Le tribunal correctionnel de Paris rendra sa décision le 30 novembre. Il devra également statuer sur les demandes de nullité soulevées par la défense.





