Régularisation des sans-papiers en Espagne : la droite française dénonce un « appel d’air » européen

Le plan massif de régularisation annoncé par Pedro Sanchez suscite une vive réaction en France. À droite, élus et responsables politiques alertent sur ses conséquences potentielles à l’échelle européenne, tandis que Madrid assume une décision présentée comme économique et démographique.

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Le Premier ministre socialiste, Pedro Sanchez. - Johannes Neudecker/DPA/SIPA

Un demi-million de personnes potentiellement régularisées. L’annonce du gouvernement espagnol marque un tournant dans la politique migratoire européenne. Alors que plusieurs États membres durcissent leurs dispositifs, Madrid fait le choix inverse, en lançant une procédure exceptionnelle destinée à intégrer des centaines de milliers de migrants en situation irrégulière.

Porté par le Premier ministre Pedro Sanchez, ce plan doit être adopté par décret royal et mis en œuvre dès la mi-avril, pour s’achever fin juin. Une décision assumée par l’exécutif espagnol, qui invoque à la fois des raisons économiques et démographiques.

« Une catastrophe pour toute l’Europe »

En France, la réaction est immédiate. L’eurodéputé François-Xavier Bellamy dénonce « une catastrophe pour toute l’Europe » et met en garde contre « un risque pour tous nos pays » en raison de l’absence supposée de « vérification sérieuse des profils ».

Même tonalité du côté du Rassemblement national. Marine Le Pen estime que « notre pays qui croule déjà sous le poids d’une immigration ininterrompue doit se protéger face à ces vagues migratoires ». La députée Laure Lavalette va plus loin en appelant à une sortie de l’Espagne de l’espace Schengen.

Pour Éric Ciotti, cette décision constitue « une trahison européenne » et une initiative « solitaire » aux conséquences directes pour les pays voisins. Il appelle à un rétablissement des contrôles aux frontières entre la France et l’Espagne.

L’ancien directeur de Frontex devenu eurodéputé, Fabrice Leggeri, évoque de son côté « une pompe aspirante pour le futur », estimant que la France pourrait se retrouver « en première ligne » du fait de sa position géographique.

Madrid assume un choix économique et démographique

Face aux critiques, le gouvernement espagnol revendique une politique assumée. Dans une lettre adressée aux citoyens, Pedro Sanchez présente cette régularisation comme « une nécessité » face au vieillissement de la population et pour soutenir l’économie.

« Cette régularisation est, avant tout, un acte de normalisation », écrit-il, évoquant « la réalité de près d’un demi-million de personnes qui font déjà partie de notre vie quotidienne ». La mesure s’inscrit dans le prolongement d’une initiative populaire ayant recueilli plus de 600 000 signatures et soutenue par près de 900 associations.

Le choix du décret royal permet par ailleurs de contourner un Parlement fragmenté, où l’exécutif ne dispose pas de majorité claire. Une méthode qui illustre les tensions politiques internes, alors même que le sujet migratoire divise profondément l’Europe.

Une Europe divisée sur la question migratoire

Ce plan intervient dans un contexte de durcissement généralisé des politiques migratoires au sein de l’Union européenne. Plusieurs États membres renforcent leurs contrôles et limitent les possibilités de régularisation, à rebours de la stratégie espagnole.

Au Parlement européen, Parlement européen a récemment adopté un règlement visant à renforcer les procédures de retour des migrants en situation irrégulière, notamment via la création de « plateformes de retour » hors de l’Union.

Dans ce contexte, la décision espagnole apparaît comme une exception. Elle ravive surtout les tensions entre États membres sur la gestion des flux migratoires et la solidarité européenne.

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