C’est une image diplomatique inédite qui s’est dessinée lundi à Erevan. Autour des dirigeants européens, un invité inattendu : Mark Carney. Pour la première fois depuis sa création, la Communauté politique européenne s’ouvre à un pays non européen. Un symbole fort, dans un contexte de recomposition des alliances occidentales.
Face à une administration américaine jugée imprévisible, marquée par les décisions de Donald Trump, Européens et Canadiens entendent afficher leur unité. « Nous ne pensons pas être condamnés à nous soumettre à un monde plus transactionnel, insulaire et brutal », a lancé Mark Carney en ouverture du sommet.
Une alliance des « puissances moyennes »
Cette participation canadienne ne relève pas du hasard. Depuis plusieurs mois, Ottawa se positionne comme un partenaire stratégique des Européens, au nom d’une coopération entre « puissances moyennes » face aux grandes puissances que sont les États-Unis et la Chine.
Le contexte joue en faveur de ce rapprochement. La décision récente de Washington de retirer 5 000 soldats stationnés en Allemagne, ainsi que les menaces de nouvelles surtaxes douanières contre l’Union européenne, ont agi comme un électrochoc. « Nous payons aujourd’hui le prix de notre dépendance excessive à l’égard de la protection offerte par les États-Unis », a reconnu Emmanuel Macron.
Pour le chef de l’État français, la présence de Mark Carney à Erevan illustre une convergence croissante : « S’il est présent, c’est parce qu’il se sent de plus en plus proche des Européens. »
Défense, énergie, désinformation : des coopérations concrètes
Au-delà du symbole, les discussions ont porté sur des axes de coopération très concrets. Lutte contre le trafic de drogue, sécurité énergétique, protection des infrastructures numériques ou encore combat contre les ingérences étrangères et la désinformation figurent parmi les priorités évoquées.
À l’issue du sommet, Emmanuel Macron a évoqué l’ouverture d’un « dialogue particulier » entre l’Europe et le Canada, destiné à structurer cette coopération dans la durée. « L’ordre international […] se refera à partir d’Europe et par ce dialogue », a-t-il affirmé.
La question énergétique s’est également invitée dans les échanges, sur fond de tensions au Moyen-Orient. Interrogé sur les profits des groupes pétroliers comme TotalEnergies, le président français a estimé que l’Europe devrait « répondre » en cas de comportements jugés excessifs, tout en soulignant que la hausse des prix s’explique avant tout par le contexte géopolitique, notamment autour du détroit d’Ormuz.
Une Europe appelée à se renforcer
La question de la défense a occupé une place centrale. Le retrait partiel des forces américaines du continent pousse les Européens à accélérer leur réarmement. « Nous devons vraiment renforcer le pilier européen de l’OTAN », a insisté Kaja Kallas.
Dans ce contexte, le soutien à l’Ukraine reste un point d’ancrage. Présent à Erevan, Volodymyr Zelensky a appelé les Européens à maintenir la pression sur Moscou. « Résistez à l’idée de relâcher les sanctions », a-t-il plaidé, appelant à « pousser » Vladimir Poutine vers une issue diplomatique.
L’Arménie, symbole d’un basculement
Le choix de l’Arménie comme pays hôte n’est pas anodin. Ancienne république soviétique historiquement proche de Moscou, le pays cherche désormais à se rapprocher de l’Union européenne. Nikol Pachinian a engagé cette inflexion stratégique, malgré les mises en garde de la Russie.
Emmanuel Macron a salué ce tournant, évoquant un pays qui « se tourne vers l’Europe » et fait le choix de la paix avec l’Azerbaïdjan. Une dynamique qui illustre, au-delà du sommet, une recomposition géopolitique plus large, où l’Europe tente de s’affirmer comme un pôle d’équilibre, désormais épaulée par de nouveaux partenaires comme le Canada.


