La croisière devait avoir le goût du bout du monde. Partie d’Ushuaïa, dans le sud de l’Argentine, le 1er avril, l’expédition du MV « Hondius » promettait l’Antarctique, les Malouines, la Géorgie du Sud et plusieurs îles reculées de l’Atlantique. Un mois plus tard, le navire de croisière de luxe, battant pavillon néerlandais, est à l’arrêt au large de Praia, au Cap-Vert, avec près de 150 personnes à bord. Trois passagers sont morts et trois autres personnes sont gravement malades dans ce que l’Organisation mondiale de la santé qualifie de foyer suspect d’hantavirus.
Un seul cas a pour l’instant été confirmé en laboratoire, celui d’un passager britannique évacué vers Johannesburg, en Afrique du Sud, où il se trouve en soins intensifs. Les cinq autres cas, dont les trois décès, restent considérés comme suspects. L’OMS insiste sur le fait que « le risque pour le grand public reste faible » et qu’il n’y a « pas besoin de panique ni de restrictions de voyage ».
Trois morts, deux membres d’équipage à évacuer
Le premier décès est survenu le 11 avril. Il s’agit d’un passager néerlandais de 70 ans, tombé malade après avoir présenté de la fièvre, des maux de tête, des douleurs abdominales et des diarrhées. Sa dépouille a été débarquée à Sainte Hélène près de deux semaines plus tard. Son épouse, âgée de 69 ans, a été évacuée vers l’Afrique du Sud, avant de s’effondrer à l’aéroport de Johannesburg et de mourir à l’hôpital. Un troisième passager, de nationalité allemande, est mort à bord le 2 mai.
À bord, deux membres d’équipage, un Britannique et un Néerlandais, présentent des symptômes respiratoires aigus et nécessitent une prise en charge urgente. Selon Oceanwide Expeditions, l’opérateur du navire, les autorités capverdiennes n’avaient toujours pas autorisé, dimanche soir, le débarquement des personnes nécessitant des soins ou l’organisation d’un dépistage médical complet. Des équipes médicales capverdiennes sont toutefois montées à bord pour examiner les malades.
Le Cap-Vert refuse l’accostage
Face au risque sanitaire, le Cap-Vert a refusé d’autoriser le MV « Hondius » à accoster à Praia. Le ministère capverdien de la Santé justifie cette décision par la nécessité de protéger la population locale. Les passagers et membres d’équipage restent donc confinés à bord, dans l’attente d’une solution.
La piste d’une évacuation médicale par avion est désormais privilégiée pour les cas les plus graves. Les autorités capverdiennes ont demandé au Royaume-Uni et aux Pays-Bas l’envoi d’ambulances aériennes « dans les meilleurs délais ». Si aucune solution n’est trouvée au Cap-Vert, Oceanwide Expeditions envisage de diriger le navire vers les Canaries, notamment Las Palmas ou Tenerife, afin d’y organiser examens médicaux et débarquement.
Une maladie rare, généralement liée aux rongeurs
Les hantavirus sont une famille de virus transmis principalement par les rongeurs, via l’urine, les excréments ou la salive. La contamination humaine se fait le plus souvent par inhalation de particules contaminées. Selon les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies, ces virus peuvent provoquer deux formes graves : un syndrome pulmonaire à hantavirus, qui touche les poumons, et une fièvre hémorragique avec syndrome rénal.
L’origine du foyer reste inconnue. Les enquêteurs cherchent à déterminer si des rongeurs présents à bord ont pu transmettre le virus ou si des passagers ont été contaminés lors d’une escale en Amérique du Sud. Le MV « Hondius » a notamment fait halte à Tristan da Cunha du 13 au 15 avril, une étape qui inquiète les autorités locales, même si aucun lien n’est établi à ce stade.
À bord, la croisière d’expédition s’est transformée en attente anxieuse. Oceanwide Expeditions affirme avoir mis en place des mesures d’isolement, des protocoles d’hygiène renforcés et un suivi médical. Mais pour les passagers, le voyage est désormais suspendu à une décision sanitaire : débarquer au Cap-Vert, poursuivre vers les Canaries ou attendre encore, au large, qu’une évacuation soit enfin autorisée.


