Le timing interroge autant que le fond. À quelques heures de la publication du rapport très attendu sur l’audiovisuel public, Charles Alloncle se retrouve au cœur d’une affaire judiciaire. Une plainte contre X pour « prise illégale d’intérêts » et « trafic d’influence » a été déposée samedi 2 mai auprès du Parquet national financier par l’association AC !! Anti-Corruption.
Selon les éléments révélés ces derniers jours, cette procédure fait suite à des soupçons d’interférence entre le monde politique et certains acteurs privés de l’audiovisuel, en particulier le groupe Lagardère News, contrôlé par Vincent Bolloré.
Des questions rédigées en amont des auditions
Au cœur de la plainte, un mécanisme précis. D’après plusieurs sources concordantes, la direction des affaires institutionnelles de Lagardère News aurait transmis à certains députés des listes de questions destinées à être posées lors des auditions de la commission.
Ces éléments auraient notamment été adressés au rapporteur Charles Alloncle, chargé de piloter les travaux de la commission d’enquête parlementaire sur la neutralité et le financement de l’audiovisuel public. L’association à l’origine de la plainte estime que ces pratiques auraient pu influencer le déroulé des auditions et orienter les conclusions du rapport.
Dans son argumentaire, elle évoque un risque de « manque d’impartialité » et considère que ces échanges pourraient relever d’une forme d’ingérence privée dans un processus parlementaire.
Lagardère News également visé
La plainte ne cible pas uniquement le député. Le groupe Lagardère News est lui aussi mentionné pour « trafic d’influence actif », selon les informations transmises au parquet.
Le cœur du soupçon repose sur une possible convergence d’intérêts entre un acteur médiatique privé et les travaux d’une commission parlementaire censée évaluer… l’audiovisuel public. Lagardère News regroupe notamment plusieurs médias influents comme Europe 1 ou le Journal du Dimanche, dans un paysage médiatique déjà marqué par les recompositions autour de Vincent Bolloré.
« Une tentative de diversion », répond le député
Face aux accusations, Charles Alloncle rejette toute irrégularité. Il reconnaît avoir reçu ces listes de questions, comme d’autres membres de la commission, mais affirme ne pas les avoir utilisées lors des auditions.
Sur les antennes de radio, il dénonce « une énième tentative de diversion » visant à discréditer un rapport qu’il présente comme « étayé et sérieux ».
À LIRE AUSSI : Audiovisuel public : les députés examinent le rapport de Charles Alloncle avant un vote sur sa publication
Le député insiste également sur le fait que la plainte est déposée contre X, et non nominativement contre lui, tout en dénonçant une instrumentalisation politique à la veille de la publication du document.
Une commission déjà sous tension
Cette affaire s’inscrit dans un climat déjà conflictuel autour de la commission d’enquête. Créée à l’Assemblée nationale pour examiner la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public, elle a été marquée par de nombreux affrontements politiques et critiques sur ses méthodes.
Plusieurs auditions avaient donné lieu à des échanges tendus, certains témoins accusant le rapporteur d’adopter une posture à charge. La présidente de l’Assemblée nationale elle-même avait rappelé à l’ordre Charles Alloncle en décembre 2025, pointant des « incidents d’une fréquence inédite ».
L’enquête devra désormais déterminer si les faits relèvent de simples échanges informels ou s’ils constituent une infraction pénale, dans un dossier qui pose, en filigrane, la question des relations entre pouvoir politique et groupes médiatiques privés.


