Depuis plus de cinquante jours, le détroit d’Ormuz, par où transite habituellement près d’un tiers du pétrole mondial transporté par mer, est quasiment à l’arrêt. Malgré l’annonce d’un cessez-le-feu temporaire, les flux maritimes n’ont jamais réellement repris, laissant les marchés et les acteurs du transport dans l’incertitude.
Le week-end dernier a illustré l’extrême volatilité de la situation. Quelques navires ont brièvement été autorisés à franchir le passage, avant un nouveau blocage quasi immédiat. Pris entre les injonctions contradictoires des forces iraniennes et américaines, plusieurs cargos ont été contraints de faire demi-tour sous tension.
« Je ne l’ouvrirai pas tant qu’un accord n’aura pas été signé »
À Washington, la ligne est claire. Le président Donald Trump conditionne toute réouverture du détroit à un accord global avec Téhéran. « Les Iraniens veulent désespérément qu’on l’ouvre. Je ne l’ouvrirai pas tant qu’un accord n’aura pas été signé », a-t-il affirmé, confirmant par ailleurs l’envoi d’émissaires au Pakistan pour tenter de débloquer la situation.
Dans le même temps, la pression militaire reste élevée. La marine américaine contrôle étroitement les mouvements dans la zone, n’hésitant pas à intercepter certains navires. Cette stratégie de blocus partiel vise à accentuer la pression économique sur l’Iran, déjà fragilisé.
Téhéran divisé et prêt à utiliser Ormuz comme arme
Côté iranien, la position apparaît plus fragmentée. Officiellement, Téhéran se montre réticent à de nouvelles négociations, tout en laissant la porte entrouverte à l’examen des propositions américaines. En coulisses, des tensions internes opposeraient les Gardiens de la révolution à l’appareil diplomatique, compliquant toute prise de décision.
Sur le terrain, l’Iran utilise pleinement le détroit comme levier stratégique. Les autorités ont imposé des conditions strictes de passage, parfois assimilées à des péages, et n’ont pas hésité à recourir à des tirs de semonce contre certains navires commerciaux, dont un porte-conteneurs du groupe CMA CGM.
Cette stratégie a renforcé le blocage. Lundi encore, aucun navire n’était autorisé à circuler au large des côtes iraniennes, replongeant la région dans une paralysie totale.
Le spectre des mines et l’impasse sécuritaire
Au-delà du bras de fer politique, un obstacle technique majeur empêche toute reprise du trafic : la menace des mines marines. Les autorités iraniennes ont reconnu en avoir déployé sans en préciser la localisation exacte, créant un climat d’incertitude totale.
Dans ces conditions, les armateurs refusent de s’engager. « Le simple soupçon de présence de mines suffit pour que les armateurs et les assureurs interdisent la navigation à un cargo civil », rappelle une source militaire française.
La solution passe désormais par une opération de déminage d’ampleur, que les Européens envisagent sans calendrier précis. Sans sécurisation complète, le détroit restera impraticable, quel que soit l’état des négociations.
Un marchandage à haut risque sur le nucléaire
Sur le fond, les discussions portent désormais sur un compromis autour du programme nucléaire iranien. Washington aurait assoupli sa position en évoquant un moratoire de quinze ans sur l’enrichissement d’uranium, plutôt qu’un abandon total.
En échange, les États-Unis exigeraient un contrôle renforcé par l’Agence internationale de l’énergie atomique et la réduction du niveau d’enrichissement de l’uranium iranien. Autre levier : le gel de plus de 20 milliards de dollars d’avoirs iraniens, utilisé comme monnaie d’échange pour obtenir la réouverture du détroit.


