Longtemps perçu comme fragilisé par une dette massive et un actif en perte de vitesse, Patrick Drahi a finalement inversé la dynamique. L’offre de rachat de SFR par un consortium réunissant Orange, Bouygues Telecom et Iliad dépasse désormais les 20 milliards d’euros, un niveau bien supérieur aux premières valorisations évoquées à l’automne.
Ce retournement s’inscrit dans une séquence stratégique entamée fin 2025, lorsque le fondateur d’Altice parvient à restructurer une partie de la dette de son groupe. En réduisant significativement son endettement, il regagne du temps et repositionne SFR au cœur d’un enjeu plus large : la recomposition du marché français des télécoms.
« Le plus grand vainqueur ce matin est Patrick Drahi »
Au lendemain de l’accord, le constat est largement partagé parmi les observateurs du secteur. « Le plus grand vainqueur ce matin est Patrick Drahi car il vend un très mauvais actif à un très bon prix », estime un analyste financier.
Le jugement, sévère sur le plan opérationnel, souligne néanmoins la performance dans la négociation. « Je ne le mettrais pas dans les meilleurs managers que je connaisse, mais pour négocier, il n’y a pas à dire, il est très bon », poursuit-il. Avant d’ajouter : « Là où il est fort, c’est qu’il vend son entreprise dans un état catastrophique. »
Ces propos traduisent un décalage important entre la situation réelle de SFR et le prix obtenu.
La consolidation, moteur principal du prix
Depuis plus de dix ans, les opérateurs plaident pour un passage de quatre à trois acteurs. La mise en vente de SFR a créé une opportunité rare, que les principaux groupes ne pouvaient ignorer.
Pour Jean-Michel Salvador, analyste chez AlphaValue, la hausse du prix s’explique logiquement : « C’était logique. Vous n’alliez pas discuter pendant des années, il fallait le faire. » Il insiste sur la dimension collective de l’opération : « Ce n’est pas un acheteur seul face à ses concurrents qui prend le risque, c’est tout un secteur. »
Autrement dit, le prix final intègre une prime stratégique liée à la recomposition du marché.
« Les acheteurs se sont eux-mêmes enfermés »
Le rapport de force s’est progressivement inversé au fil des négociations. La remontée en Bourse des acquéreurs potentiels a renforcé leur capacité financière, tout en accentuant la pression pour conclure.
« Les acheteurs se sont eux-mêmes retrouvés enfermés dans cette bulle que le marché demandait », analyse un professionnel du secteur. Dans ce contexte, refuser de payer un premium revenait à renoncer à la consolidation.
Entre l’offre initiale d’environ 17 milliards d’euros et celle dépassant aujourd’hui les 20 milliards, l’écart atteint plusieurs milliards, sans amélioration majeure des fondamentaux de SFR.
Derrière le prix, une équation plus complexe
Certains acteurs appellent toutefois à relativiser le montant affiché. « Le marché ne voit que les 17 milliards d’octobre et les 20,35 milliards d’avril or, entre les deux, il y a eu d’importantes évolutions », explique un banquier proche du consortium.
Il précise : « Le prix affiché ne reflète pas la nouvelle équation économique. » Les discussions ont en effet porté sur la structure de l’opération, les risques juridiques ou encore les coûts d’intégration.
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Même lecture du côté des acquéreurs : « Au-delà du prix, les conditions de la transaction sont désormais moins risquées pour nous », assure une source proche du dossier.
Un tournant encore suspendu au verdict de la concurrence
L’accord ouvre désormais une nouvelle phase : celle de l’examen par les autorités de la concurrence. Le retour à trois opérateurs constitue une transformation majeure du marché français, susceptible de susciter des réserves.
Mais pour Patrick Drahi, l’essentiel est déjà acquis. En quelques mois, il est parvenu à transformer un actif fragilisé en levier stratégique. Comme le résume un analyste : « Si Altice était encore coté, il aurait pris 10 %, bravo Patrick ! »


