La Corée du Sud veut tourner la page de Yeongam. Les autorités locales d’Incheon, grande ville portuaire à l’ouest de Séoul, ont officiellement présenté un projet de Grand Prix urbain visant une intégration au calendrier de la Formule 1 dès 2028. Un retour qui s’inscrit dans une dynamique mondiale d’expansion du championnat, mais aussi dans une stratégie nationale de rayonnement culturel et touristique.
Le tracé envisagé, long d’environ cinq kilomètres, serpentera dans les rues de la ville, à proximité du principal aéroport du pays. Les promoteurs avancent un objectif de 400 000 spectateurs sur le week-end, en misant sur une formule hybride mêlant sport automobile et événements culturels.
Un projet calibré pour la nouvelle économie de la F1
Depuis son rachat par Liberty Media en 2017, la Formule 1 a profondément transformé son modèle. La discipline privilégie désormais les circuits urbains, plus attractifs pour les diffuseurs, les sponsors et les spectateurs. Les succès récents de Singapour ou de Las Vegas ont confirmé cette orientation.
Incheon s’inscrit pleinement dans cette logique. « Il est tout à fait possible de marier les Grands Prix de Formule 1, qui sont devenus des spectacles, et la K-culture », assurent les promoteurs. Derrière cette formule, une stratégie claire : transformer l’événement en vitrine globale, combinant course, concerts et contenus culturels exportables.
La référence à la K-culture n’est pas anodine. Portée par le succès international de la K-pop et des séries coréennes, elle constitue l’un des piliers du soft power du pays. L’objectif est d’attirer un public international, bien au-delà des amateurs de sport automobile, et de maximiser les retombées économiques.
L’ombre persistante de l’échec de Yeongam
Mais ce retour se heurte à un précédent encore très présent dans les mémoires. Entre 2010 et 2013, la Corée du Sud avait déjà accueilli un Grand Prix sur le circuit de Yeongam. L’expérience s’était soldée par un échec financier majeur.
Construit dans une zone peu accessible, le circuit peinait à remplir ses tribunes. Les pertes cumulées, estimées à plusieurs centaines de millions de dollars, avaient conduit les organisateurs à renoncer avant la fin du contrat initial, pourtant prévu jusqu’en 2016.
Cet épisode a durablement refroidi les autorités et les investisseurs. Il constitue aujourd’hui le principal obstacle à la crédibilité du nouveau projet. Les promoteurs d’Incheon insistent donc sur une différence majeure : l’implantation urbaine. Contrairement à Yeongam, isolé, Incheon bénéficie d’infrastructures de transport de premier plan et d’une proximité immédiate avec la capitale.
Une concurrence internationale de plus en plus intense
La candidature sud-coréenne intervient dans un contexte de forte compétition entre pays pour intégrer le calendrier de la Formule 1. La discipline, qui limite désormais son calendrier à une vingtaine d’épreuves, doit arbitrer entre de nombreuses demandes.
En Asie, plusieurs projets sont à l’étude. La Thaïlande ambitionne d’organiser un Grand Prix à Bangkok à l’horizon 2028. L’Inde travaille de son côté à lever les obstacles fiscaux qui avaient provoqué son retrait du championnat. La Malaisie, absente depuis 2017, n’exclut pas non plus un retour.
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Dans ce contexte, la Corée du Sud devra convaincre qu’elle peut offrir une épreuve à la fois rentable, spectaculaire et durable. Les dirigeants de la Formule 1, à commencer par Stefano Domenicali, insistent régulièrement sur la nécessité de privilégier des destinations capables de générer des revenus importants et une forte visibilité médiatique.
Un pari économique et politique
Au-delà du sport, le projet d’Incheon revêt une dimension économique et politique. L’organisation d’un Grand Prix représente un investissement lourd, souvent critiqué pour son coût. Mais elle peut aussi générer des retombées importantes en matière de tourisme, d’image et d’attractivité.
Les promoteurs coréens assurent que le modèle proposé est « financièrement viable », sans détailler pour l’instant les modalités de financement. Dans un environnement où les droits d’accueil peuvent dépasser 50 millions de dollars par an, la question de la rentabilité reste centrale.


