La pression monte sur l’exécutif à mesure que les prix à la pompe s’envolent. Réuni à Matignon autour de plusieurs ministres, Sébastien Lecornu a dévoilé mardi une série de mesures destinées à contenir l’impact de la crise énergétique provoquée par le conflit au Moyen-Orient. Une réponse calibrée, qui vise en priorité les secteurs les plus exposés.
Depuis fin février, les prix du gazole ont bondi d’environ 60 centimes par litre, tandis que l’essence SP95-E10 a progressé de plus de 30 centimes. La semaine dernière, le litre de gazole s’établissait à 2,2441 euros en moyenne, selon les données publiques, un niveau qui fragilise directement les activités dépendantes du transport.
Des aides renforcées pour les secteurs les plus exposés
Le gouvernement muscle en premier lieu son soutien aux professionnels déjà bénéficiaires de dispositifs existants. Pour les pêcheurs, l’aide passe de 20 à 30 voire 35 centimes par litre. Les agriculteurs, qui avaient déjà bénéficié d’une enveloppe de 20 millions d’euros en avril, verront une prise en charge d’environ 15 centimes par litre dès le mois de mai.
Les transporteurs routiers, eux, conservent leur aide de 20 centimes par litre, prolongée sur le mois de mai. En parallèle, des discussions spécifiques doivent s’ouvrir pour les taxis et VTC, que l’exécutif juge particulièrement vulnérables à la hausse du carburant.
Le secteur du bâtiment entre également dans le champ des dispositifs. « On a des entreprises, des PME de moins de 20 salariés qui sont particulièrement exposées à la hausse des prix du carburant », a insisté Sébastien Lecornu, évoquant une aide envisagée autour de 20 centimes par litre.
Trois millions de « grands rouleurs » ciblés
Au-delà des professionnels, l’exécutif élargit son intervention à une catégorie jusqu’ici peu couverte : les travailleurs modestes fortement dépendants de leur véhicule. Aides à domicile, infirmiers ou accompagnants sociaux pourraient ainsi bénéficier d’un dispositif dédié.
« Un dispositif d’accompagnement » doit être mis en place pour près de trois millions de « grands rouleurs », avec une aide moyenne estimée à 20 centimes par litre. Les modalités précises restent à définir dans les prochains jours par les ministères concernés.
Cette extension marque une inflexion politique, alors que la hausse des carburants touche désormais au-delà des seuls secteurs économiques structurés pour atteindre directement le quotidien de nombreux salariés.
Une stratégie budgétaire sous contrainte
Face au risque d’un emballement des finances publiques, le gouvernement insiste sur la nature ciblée de ses mesures. « L’ensemble de ces mesures seront gagées sur d’autres dépenses », a assuré Sébastien Lecornu, écartant toute baisse généralisée des taxes ou distribution massive de chèques.
« On refuse toute forme de logique de chèques généraux ou de baisses massives de taxes », a-t-il martelé, estimant qu’une telle stratégie aurait des effets « épouvantables pour les finances publiques ».
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L’exécutif revendique ainsi une approche « sur mesure », ajustée à l’évolution de la crise. Une prudence assumée alors que l’impact économique du conflit est déjà évalué entre 4 et 6 milliards d’euros par Roland Lescure.
Dans ce contexte, la croissance française a été révisée à la baisse pour 2026, à 0,9 %, tandis que l’inflation est désormais attendue à 1,9 %.


