Le retour de l’inflation se fait sentir bien au-delà des stations-service. Après plusieurs mois d’accalmie, les ménages français font face à une nouvelle accélération des prix, particulièrement visible sur les dépenses difficilement compressibles. Selon le baromètre publié le 20 octobre par l’UFC-Que Choisir, l’inflation mesurée sur les postes suivis par l’association atteint 3,9 % en octobre, un niveau inédit depuis février 2024. Pour les ménages les plus modestes, la hausse atteint 4,6 %, confirmant leur exposition particulière aux dépenses énergétiques et alimentaires.
Les chiffres officiels montrent également cette accélération. Selon les résultats définitifs de l’Insee, l’indice général des prix à la consommation a progressé de 3,1 % sur un an en septembre, contre 2,4 % en août. La hausse est principalement alimentée par l’énergie, dont les prix ont augmenté de 21,3 % sur douze mois. Ces indicateurs ne sont pas directement comparables, puisqu’ils s’appuient sur des paniers de consommation et des périodes distincts, mais ils signalent tous deux le retour des tensions sur le pouvoir d’achat.
Le plein de carburant et les factures de chauffage s’envolent
C’est à la pompe que le phénomène est le plus spectaculaire. D’après les relevés de l’UFC-Que Choisir, le litre de gazole dépasse désormais 2,30 euros, tandis que celui d’essence franchit 2,20 euros. Un an plus tôt, les deux carburants étaient commercialisés à moins de 1,70 euro le litre. Pour un automobiliste qui effectue régulièrement de longs trajets, le surcoût représente plusieurs dizaines d’euros par mois. Les ménages des territoires ruraux et périurbains, souvent plus dépendants de la voiture individuelle, sont particulièrement exposés à cette hausse.
Les dépenses de chauffage suivent une trajectoire similaire. Le prix du fioul domestique a bondi de 73 % en un an, selon l’association de consommateurs, tandis que la facture moyenne de gaz a progressé de 33 %. La remontée des cours des hydrocarbures, dans un contexte de tensions persistantes au Moyen-Orient, explique une large partie de ces évolutions. Pour les foyers qui disposent de peu de possibilités de substitution énergétique, ces hausses se traduisent directement par une réduction du revenu disponible pour les autres achats.
Les données de l’Insee permettent de mesurer l’ampleur du mouvement sur l’ensemble du marché. En septembre, les produits pétroliers affichaient une augmentation annuelle de 36,2 %, dont 44,1 % pour le gazole et 25,7 % pour l’essence. Les combustibles liquides avaient progressé de 64,6 %. Les coûts des transports et du chauffage deviennent ainsi un facteur déterminant de l’évolution du pouvoir d’achat, d’autant qu’ils peuvent également accroître les charges supportées par les entreprises.
Dans les supermarchés, les produits frais davantage touchés
L’alimentation reste pour l’instant moins touchée que l’énergie, mais les premiers signes d’accélération apparaissent. Selon l’UFC-Que Choisir, les prix alimentaires ont progressé de 1,8 % sur un an en octobre. L’Insee relevait une hausse de 1,4 % en septembre, avec des variations beaucoup plus importantes sur certaines catégories. Les produits frais avaient notamment augmenté de 9,5 % sur douze mois, une évolution liée en partie aux épisodes de fortes chaleurs de l’été et aux conséquences sur les récoltes.
La pression pourrait se prolonger lors des négociations commerciales entre industriels et distributeurs pour l’année 2027. L’UFC-Que Choisir évoque des hausses possibles de l’ordre de 3 % sur les produits alimentaires, en raison notamment des surcoûts énergétiques auxquels les producteurs sont confrontés. Ce chiffre demeure une projection et non une augmentation déjà actée. Les enseignes devront composer avec la volonté des fabricants de répercuter leurs charges et avec des consommateurs devenus particulièrement sensibles aux étiquettes.
Les produits d’hygiène et d’entretien sont également concernés. Les relevés de l’association font apparaître une augmentation de 3,8 % sur un an en octobre, avec une progression de 1 % sur un mois. À ces hausses s’ajoutent les modifications de conditionnement pratiquées par certaines marques, qui compliquent les comparaisons. Pour suivre les prix en grandes surfaces, l’association exploite des relevés quotidiens dans 4 800 magasins équipés d’un drive et calcule son indice sur un panier de 1 181 références. Elle insiste sur la nécessité de comparer les prix au litre et au kilogramme, particulièrement lorsque les formats des produits changent.






