Intelligence artificielle : pourquoi la bulle financière pourrait finir par éclater

Les valeurs liées à l’intelligence artificielle atteignent des niveaux de valorisation vertigineux tandis que les géants de la tech mobilisent des centaines de milliards de dollars pour financer leurs infrastructures. La croissance reste spectaculaire, mais plusieurs signaux rappellent désormais les excès qui avaient précédé l’éclatement de la bulle Internet.

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L’intelligence artificielle continue de porter la Bourse, mais les valorisations et les investissements massifs font désormais craindre un krach.
L’intelligence artificielle continue de porter la Bourse, mais les valorisations et les investissements massifs font désormais craindre un krach.

La comparaison avec les années 2000 n’est plus réservée aux Cassandre. L’intelligence artificielle continue de porter les marchés américains, mais les montants engagés commencent à changer d’échelle. Les cinq plus grands groupes technologiques ont consacré plus de 400 milliards de dollars à leurs investissements en 2025, et cette somme devrait encore progresser de 75 % en 2026, selon l’Agence internationale de l’énergie. À eux seuls, leurs investissements dépassent désormais ceux réalisés dans le monde pour la production de pétrole et de gaz.

Cette frénésie repose sur une conviction : la demande pour les modèles d’intelligence artificielle continuera de croître suffisamment vite pour rentabiliser les data centers, les puces et les réseaux électriques actuellement construits. Le problème est que les valorisations intègrent déjà une grande partie de cette croissance future. Anthropic, qui prépare son introduction en Bourse, est ainsi valorisée sur la base d’un objectif de chiffre d’affaires compris entre 190 et 200 milliards de dollars en 2028, contre un rythme annuel actuel encore très inférieur.

Intelligence artificielle : les valorisations anticipent des années de croissance

Le marché accepte aujourd’hui de payer très cher des entreprises dont les bénéfices futurs restent difficiles à mesurer. Cette logique ne concerne plus seulement les start up. Les grands groupes cotés profitent eux aussi de la hausse des participations qu’ils détiennent dans d’autres sociétés d’intelligence artificielle. Alphabet, Amazon, Microsoft et Nvidia ont ainsi enregistré plus de 160 milliards de dollars de gains comptables avant impôts liés à la revalorisation de leurs investissements dans l’IA au dernier trimestre.

Ces profits sont réels sur le plan comptable, mais ils ne proviennent pas nécessairement de l’activité opérationnelle. Si les valorisations des sociétés détenues venaient à baisser brutalement, la mécanique fonctionnerait dans l’autre sens. C’est précisément ce type de boucle financière qui inquiète certains investisseurs.

Le phénomène reste pourtant soutenu par des résultats impressionnants. Nvidia a encore doublé son chiffre d’affaires sur un an lors de son dernier trimestre, à 96 milliards de dollars. Mais le fabricant de puces ne se contente plus de vendre des processeurs. Il investit directement dans ses clients, garantit certains projets et s’expose à des engagements financiers qui pourraient atteindre plusieurs centaines de milliards de dollars.

Nvidia finance désormais une partie de ses propres clients

Cette évolution est l’un des signaux les plus surveillés. Nvidia cherche désormais à mobiliser plus de 500 milliards de dollars de financements pour permettre à des entreprises d’acheter ses équipements. Le groupe travaille avec Apollo, BlackRock, Goldman Sachs ou encore KKR afin de financer des data centers et peut garantir une partie de la valeur résiduelle des puces utilisées comme collatéral.

Le mécanisme rappelle certaines pratiques du secteur des télécommunications avant l’éclatement de la bulle Internet, lorsque des équipementiers finançaient eux mêmes leurs clients pour soutenir leurs ventes. Tant que la demande progresse, le système entretient la croissance. Mais si les projets deviennent moins rentables, la baisse des commandes peut simultanément toucher les revenus du fournisseur et la valeur des garanties qu’il a consenties.

L’Agence internationale de l’énergie souligne elle même que les investissements dans les data centers sont devenus trop importants pour être financés uniquement par les bilans des entreprises. Le secteur dépend donc de plus en plus des marchés de capitaux et devient mécaniquement plus sensible au niveau des taux d’intérêt et au changement d’humeur des investisseurs.

Un krach de l’IA ne signifierait pas la fin de l’intelligence artificielle

Le scénario d’un éclatement de bulle ne suppose pas que l’intelligence artificielle soit inutile. Internet n’a pas disparu après le Nasdaq en 2000. Ce sont surtout les valorisations et les entreprises incapables de transformer la croissance technologique en bénéfices qui avaient été brutalement corrigées.

L’IA pourrait connaître une trajectoire comparable. La demande en puissance de calcul reste forte et l’AIE prévoit que la consommation électrique mondiale des data centers double presque d’ici à 2030. Mais tous les projets annoncés ne seront probablement pas construits et tous les modèles économiques ne seront pas rentables.

Le gouverneur de la Banque d’Angleterre Andrew Bailey a d’ailleurs récemment alerté les ministres des Finances du G20 sur une combinaison de risques : marchés déjà chers, endettement élevé et optimisme considérable autour de l’intelligence artificielle. Une correction désordonnée des valeurs technologiques pourrait alors se propager bien au delà du seul secteur de l’IA.

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Après des études en Affaires Publiques et à HEC Montréal, Timothé devient journaliste pigiste. Il collabore avec de nombreux médias français depuis Montréal.
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