Les 203 passagers de l’Odyssey pensaient avoir trouvé une nouvelle manière de vivre, en découvrant le monde sans jamais quitter leur logement. Le 27 octobre, leur escale à Sihanoukville, au Cambodge, s’est pourtant transformée en débarquement forcé. Selon les autorités locales, ils n’ont eu que sept heures pour quitter le bord. À bord se trouvaient également 156 membres d’équipage.
Parti de Belfast en octobre 2024, le navire proposait bien davantage qu’une croisière traditionnelle. L’américaine Villa Vie Residences permettait d’acheter ou de louer une cabine pour des années. Le programme initial prévoyait 425 escales dans 147 pays en trois ans et demi, avant de recommencer. Certains clients avaient vendu leur maison et leurs biens pour financer cette existence itinérante.
Des cabines achetées plusieurs centaines de milliers de dollars
Les cabines coûtaient de 120 000 à 440 000 dollars, hors charges mensuelles. Carol Larson, une Américaine de 69 ans, a confié à l’AFP avoir payé 120 000 dollars pour sa cabine, avec l’espoir de voyager pendant quinze ans. Randy Cassingham et son épouse Kit Cassingham disent avoir engagé près d’un million de dollars dans cette aventure.
Les difficultés s’accumulaient depuis plusieurs mois. Barbara Figiel, ancienne employée des Nations unies, raconte que la compagnie réclamait régulièrement de nouvelles contributions financières. « Nous avons eu une vie formidable, mais ils ont sous-estimé les coûts », a-t-elle estimé auprès de l’AFP.
Villa Vie Residences met principalement en cause l’envolée des prix du carburant liée à la guerre au Moyen-Orient. Selon ses calculs, la dépense mensuelle, rapportée à une cabine, serait passée de 1 800 dollars en moyenne à 6 000, voire 8 000 dollars dans certaines régions d’Asie. Ralentir le navire et prolonger les escales n’aurait pas suffi. La société assure avoir cherché des hébergements temporaires, tandis que plusieurs passagers dénoncent un manque d’assistance.
Le navire désormais aux mains de son créancier
Les difficultés de l’entreprise dépassent toutefois la seule question du carburant. Selon CBS News, qui a consulté des documents internes, la compagnie cherchait depuis plusieurs mois de nouveaux financements. Le créancier du navire en a désormais pris le contrôle. Un transfert vers Singapour et une éventuelle vente aux enchères sont envisagés, sans décision définitive annoncée.
Une tentative de rachat par les résidents a également échoué. D’après Business Insider, 169 personnes s’étaient engagées à participer au financement, mais le groupe chargé du projet a renoncé, invoquant notamment un endettement plus important qu’attendu et l’impossibilité de s’entendre avec le prêteur. Aucune somme promise n’aurait été collectée.
Le fondateur de Villa Vie Residences, Mikael Petterson, affirme rechercher une restructuration et un partenaire capable de reprendre l’exploitation. Pour les anciens occupants, dont plusieurs ont trouvé refuge dans des hôtels ou quitté le Cambodge, ni la date d’un éventuel retour à bord ni le sort des sommes investies ne sont aujourd’hui établis.






